À l’Assemblée nationale comme au Sénat, les séances plénières sont censées constituer des cadres de réflexion, de contrôle de l’action gouvernementale et d’examen des grandes questions engageant l’avenir du pays. Questions orales avec débats, projets de loi, révisions constitutionnelles, ratification de conventions internationales ou encore dossiers sensibles liés à la commission dite « OK » : les sujets inscrits à l’ordre du jour touchent généralement aux intérêts fondamentaux de la Nation et exigent des échanges rigoureux et responsables. Mais certains parlementaires, sautent de coq à l’âne dans leurs interventions, sans tenir compte du sujet inscrit à l’ordre du jour.
Au fil des sessions parlementaires, un phénomène récurrent prend de l’ampleur dans les deux chambres. Il s’agit des interventions hors sujet. Dans l’hémicycle, certains élus semblent désormais profiter de la tribune parlementaire pour évoquer des préoccupations personnelles, locales ou corporatistes, souvent sans lien avec les débats en cours. Une pratique qui rabaisse la qualité des échanges parlementaires et met en cause le sérieux accordé aux travaux législatifs.
Parmi les dossiers récemment examinés notamment : la situation des commerçants déguerpis du marché de Dembé, la ratification de la convention de prêt, ainsi que les débats autour de la commission dite « OK », accusée de dérives dans la gestion et le contrôle des véhicules à quatre roues. Des sujets sensibles qui nécessitaient des discussions approfondies et des propositions concrètes.
Cependant, plusieurs interventions ont complètement dévié des thèmes soumis à l’examen des parlementaires. Lors de la séance consacrée aux commerçants déguerpis du marché de Dembé, un élu a préféré dénoncer la répartition des sièges accordés à son département lors des dernières élections législatives. Selon lui, sa circonscription aurait dû obtenir deux sièges au lieu d’un seul. Une revendication politique certes importante pour son territoire, mais totalement lointain au sujet débattu.
Dans la même séance, un autre parlementaire a orienté son intervention vers les conflits intercommunautaires dans la province du Wadi Fira. Là encore, la question soulevée, bien que préoccupante, ne figurait nullement à l’ordre du jour.
La même situation s’est répétée lors des échanges portant sur la commission dite « OK ». Alors que les discussions devaient se concentrer sur les accusations d’escroquerie, les comportements déviants et les responsabilités des membres de cette commission dans la gestion des dossiers automobiles, certains parlementaires ont préféré aborder d’autres problématiques. Des interventions ont ainsi porté sur l’importation et la commercialisation de drogues à N’Djaména, tandis que d’autres, ont évoqué des questions liées aux grades et aux promotions dans certains services de l’administration.
Plus étonnant encore, lors de l’examen du projet de loi autorisant la ratification de la convention Medicrime, destinée à lutter contre les faux médicaments et les produits médicaux falsifiés, un parlementaire a consacré son intervention aux comportements de certains commandants de brigade dans sa province. Un autre élu a plaidé pour la création d’un centre de santé dans sa localité, sans rapport direct avec le texte examiné.
Ces dérapages répétés expliquent une forme de désorganisation dans la conduite des débats parlementaires. Ils donnent surtout l’impression que certains élus confondent les séances plénières avec des tribunes spécifiques destinées à exposer toutes sortes de frustrations politiques, administratives ou communautaires.
Si les parlementaires ont naturellement le devoir de défendre les préoccupations de leurs électeurs, le mieux, c’est de le faire dans les cadres appropriés. Les questions écrites, les interpellations particulières ou les commissions compétentes existent justement pour traiter des préoccupations locales ou sectorielles. Transformer systématiquement les débats parlementaires en un espace de revendications tous azimuts, nuit à la qualité des travaux et brouille la compréhension des enjeux examinés.
Heureusement que les présidents des deux chambres ont su jusque-là recadrer les parlementaires pour mieux orienter les discussions. Dr Haroun Kabadi, du Sénat et Ali Kolotou Tchaïmi de l’Assemblée nationale portent une lourde responsabilité dans la discipline des débats. Garants du bon fonctionnement des institutions parlementaires, ils font comprendre aux élus le respect du sujet inscrit à l’ordre du jour afin d’éviter les dérives répétitives observées dans l’hémicycle. Car les interventions hors sujet amenuisent la crédibilité du Parlement aux yeux de l’opinion publique. Elles donnent l’image d’institutions où les débats manquent parfois de rigueur, de cohérence et de concentration sur les véritables priorités nationales.
Abakar Gombo Doungous












Ajouter un commentaire