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Production familiale : une approche face à la cherté de vie

Dans les magasins de la ville de N’Djamena ou encore dans les marchés, un œuf coûte 125 Fcfa. Le prix de l’alvéole de 30 œufs varie de 2750 à 3000 Fcfa. Pourtant, il y a quelques années, 1750 Fcfa permettait d’avoir un plateau de 30 œufs. Le paradoxe, le Tchad importait en grande partie les produits avicoles alors que de nos jours, il y a une éclosion de fermes avicoles autour de la capitale.

Chez Mbaïdedji Ndjénodji Frédéric, pas besoin de se déplacer. Dans sa concession au quartier Paris Congo, un petit espace est réservé pour une ferme de volaille qui fournit des produits frais. « Je fais l’élevage des cailles, des poules, des pigeons (locaux et races) et des asticots comme moyen de supplémentation en protéines. Nous pensons que cette activité permet un tant soit peu d’inverser la tendance en termes de cherté de vie. Par exemple, dans notre ferme, nous produisons des œufs, nous n’avons pas besoin d’acheter les œufs à la boutique pour les omelettes des enfants. C’est un pari gagné. Nous consommons ce que nous produisons. Même en termes de label qualité, nous connaissons la traçabilité ». Les économies cumulées sur l’achat des œufs pour la consommation familiale sont réinvesties pour la sécurité sociale.

Pour Frédéric, la production des poules peut générer une source de revenus importante afin de faire face aux charges familiales. « Vous pouvez prendre des sujets, les revendre pour résoudre un certain nombre de problèmes. Je pense que d’une manière ou d’une autre, cela permet de réduire la cherté de vie avec une petite autonomie financière. Pour un salarié, il faut avoir une source de revenus parallèle. Dans ce pays, le social tient la dragée haut pour pouvoir résoudre un certain nombre de problèmes.

Les ménages doivent oser

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Le gouvernement a pris plusieurs mesures allant de la subvention à la mise en place d’une Brigade de contrôle des prix mais la situation ne fait qu’empirer. En février 2024, le gouvernement par un décret signé du président de la République, Mahamat Idriss Deby a déclaré l’état d’urgence alimentaire et  nutritionnelle. Cela démontre la gravité du problème quand l’on sait que la pauvreté et la vulnérabilité sont omniprésentes au Tchad, avec 42,3 % de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté national. L’extrême pauvreté ($2,15/jour par habitant [PPA 2017]) reste également élevée dans le pays et a augmenté de manière significative, passant de 31,2 % en 2018 à 34,9 % en 2021 et 35,4 % en 2023 [Banque mondiale, Ndlr].

« La cherté de vie au Tchad comme un peu partout dans le monde, c’est quelque chose qu’on essaie de juguler mais ce n’est pas évident. Tous les gouvernements qui se sont succédé essayent de mettre en place des stratégies mais jusque-là le problème demeure. Le panier de la ménagère est désespérément vide », soutient le promoteur de la ferme « Des Merveilles ». Les salariés peinent à nourrir normalement leurs familles les exposant ainsi à l’insécurité alimentaire.

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Si la baisse de production est tributaire des aléas climatiques, la production familiale est l’une des réponses à la cherté de vie qui plombe les efforts des ménages. Mais pour y arriver, il faut avoir le goût du risque. « Dans ce monde, qui ne risque rien n’a rien. Je dirai qu’il faut prendre des risques calculés. Il faut réfléchir, voir tous les contours avant de s’engager. Quand on n’a pas le goût du risque, on reste dans la routine. Compte tenu de la cherté de vie et la situation qui devient de plus en plus compliquée, il faut que les chefs de familles, les chefs de ménages puissent avoir le goût de l’audace pour pouvoir entreprendre et avoir des sources de revenus parallèles. Dans notre contexte, les contraintes communautaires sont énormes. On ne peut rien faire avec le salaire », conseille Frédéric. Sa ferme est disposée à accompagner tout salarié qui est dans le besoin.

Badoum Oumandé Henri

 

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