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Province du Sila: Des acteurs humanitaires plaident pour le site des retournés de Deguessa

Les données de l’OIM montrent que 55,208 personnes retournées sont enregistrées dans la province du Sila répartis dans 16 sites ou lieux d’accueil. Le site de Deguessa accueille environ 57 % des populations retournées dont 53 % de femmes et des filles et 66 % d’enfants. Deguessa est aussi le plus grand lieu d’accueil de retournés de tout l’Est du Tchad. L’objectif de la note est d’alerter sur les vulnérabilités particulières des populations retournées et les risques de protection encourus du fait de l’insuffisance et de l’irrégularité de l’assistance de base humanitaire. 

Le document relève le manque d’accès à l’assistance de base comme cause directe de l’aggravation et de vulnérabilité des populations retournées à des risques de protection. Les chiffres sont révélateurs de la situation. Au plan nutritionnel, des mois de mars et d’avril 2024, le centre de santé de Amdjerema a admis 224 cas de malnutrition aigüe sévère (dont 59% composé de retournés) et 339 cas de malnutrition aigüe modéré (54.6% de retournés). Des sources communautaires citées font état d’au moins 12 enfants qui auraient perdu la vie à cause de la faim. En février 2024, des acteurs de Protection ont documenté le cas de 3 enfants qui n’ont pas pu recevoir d’intrants nutritionnels pour malnutrition aigüe modérée du fait de rupture de stock. 

Recrudescence des comportements à risque

L’insuffisance d’assistance a conduit selon la note qu’un grand nombre de femmes et filles mineures adoptent des mécanismes d’adaptation négatifs tel que le sexe contre nourriture pour pallier au besoin d’aliments ou de moyens de subsistance. 80% des femmes interrogées disaient s’occuper d’elles-seules de leurs enfants et 51% ont été rejetées de leur familles et maris. La consommation de l’alcool et d’autres stupéfiants est également une forme de résilience négative identifiée dans le site pour pallier au stress, notamment du fait des conditions de vie contribuant à l’augmentation des incidents des violences basées sur le genre (VBG). 

Près de la moitié (49%) des cas de VBG documentés à Deguessa sont des cas de violence physique infligés par le partenaire, souvent sous l’emprise de l’alcool. Plusieurs cas de viols et d’agressions sexuelles perpétrés par des personnes sous l’emprise de l’alcool ont aussi été documentés. 18% des cas de VBG documentés à Deguessa se sont déroulés en brousse, où les femmes et filles sont particulièrement vulnérables.

Le travail des enfants est devenu un risque de protection majeur du fait de l’extrême précarité des ménages. Les enfants s’adonnent à plusieurs travaux compromettant leur santé et leur bien-être. Certains enfants retournés travaillent dans des villages hôtes comme serveurs dans des bars et des cafés à chicha, précise les agences humanitaires.

Une réponse multi-acteurs souhaitée 

Le plaidoyer recommande au Programme alimentaire mondial d’accroître et d’assurer la régularité alimentaire. La situation nutritionnelle demande une assistance urgente voire une évaluation rapide des 15 autres sites d’accueil. La présence médicale sur le site a besoin d’être renforcée par les différents acteurs intervenant dans ce domaine. Auprès de l’UNFPA, il est vivement sollicité la présence de sage-femmes et d’agents psychosociaux, y compris la disponibilité des kits de dignité et des kits d’urgence en Santé de la Reproduction, afin de garantir l’offre ininterrompue de services en matière de santé sexuelle et reproductive. Toutes ces actions ne peuvent être possible que si l’OIM et le CNARR assure la régularité des enregistrements afin de référer les cas des réfugiés au HCR. Aux acteurs de l’Education, de convertir leurs interventions et structures d’appui scolaires temporaires en structures semi-durables, et d’étendre leur appui d’assistance scolaire dans d’autres lieux d’accueil des retournés.

Badoum Oumandé Henri

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