Tchad

Quand la négligence transforme la route en piège

Dans les rues de N’Djaména, la scène est devenue presque banale. Une voiture avance péniblement, le coffre entrouverte et même relevé, la caisse chargée de sacs de riz, de valises et parfois de cartons ficelés à la hâte. À chaque dos-d’âne, la carrosserie grince. Les pneus, visiblement affaissés, supportent un poids bien au-delà de leur capacité. Le véhicule s’immobilise en pleine chaussée, provoquant embouteillages et frayeurs.

La surcharge des véhicules particuliers notamment les berlines est devenue une pratique courante. Les petites berlines, conçues pour transporter quelques passagers et un volume limité de bagages, sont souvent utilisées comme de véritables camions improvisés. Par souci d’économie, pour rentabiliser un déplacement ou répondre à une demande pressante, certains conducteurs empilent les marchandises sans mesurer les conséquences mécaniques et humaines.

Sur l’avenue Mathias Ngarteri, l’une des artères les plus fréquentées de la capitale, Moussa Abdoulaye, commerçant agéed’une trentaine d’années, raconte la scène à laquelle il a assisté :« La voiture était tellement chargée que l’arrière touchait presque le bitume. On voyait clairement que les pneus étaient trop écrasés ». Quelques secondes plus tard, un bruit sec retentit. « On a entendu l’explosion du pneu arrière. Le conducteur a perdu le contrôle pendant quelques instants. Heureusement, il a réussi à stabiliser la voiture sans dégâts outre mesure», poursuit-il. Selon lui, le véhicule transportait une grande quantité de marchandises destinées au marché à mil. « Tout était attaché sur la caisse. On voyait bien que la voiture ne pouvait pas supporter un tel poids », explique-t-il. Pour les passants présents sur les lieux, l’incident aurait pu facilement se transformer en drame.

Dans le grand Garage situé au quartier Chagoua, les mécaniciens observent les conséquences de cette pratique au quotidien.Mahamat Hissein, mécanicien depuis plus de 15 ans, affirme que les pannes liées à la surcharge sont fréquentes. « Les clients arrivent souvent après un incident. Ils disent que le pneu était neuf et qu’ils ne comprennent pas pourquoi il a éclaté », relate-t-il. Pourtant, selon lui, la cause est presque la même. « Un pneu neuf ne peut pas supporter un poids excessif. Quand vous surchargez une petite voiture, vous fatiguez les pneus, les roulements et même le châssis », fait-il noter. La pression exercée sur les pièces mécaniques finit par provoquer des défaillances. Pneus éclatés, amortisseurs endommagés, suspension fragilisée ou encore essieux déformés. Au-delà des dégâts mécaniques, la surcharge entraîne aussi une hausse importante de la consommation de carburant et réduit considérablement la durée de vie du véhicule. « Parfois, les amortisseurs cèdent complètement. Si cela arrive pendant que la voiture roule à grande vitesse, les conséquences peuvent être très graves », avertit le mécanicien.

Contrôles et prise de conscience recommandés

Malgré les risques connus, certains conducteurs continuent de pratiquer la surcharge. Beaucoup évoquent des contraintes économiques pour justifier leur choix. Abdoulaye Kadre, chauffeur, reconnaît les dangers mais donne les raisons qui poussent certains à prendre le risque : « Si je dois faire deux voyages au lieu d’un seul, je perds de l’argent. Les clients veulent transporter toutes leurs marchandises d’un seul trait. Les pneus s’écrasent sous la charge et le véhicule semble lutter pour avancer».

Pour les forces de l’ordre, cet argument ne peut pas justifier une pratique aussi dangereuse. L’agent de la police, Félix Guidmbaye, rappelle que le Code de la route interdit formellement la surcharge des véhicules. « Nous menons régulièrement des actions de sensibilisation auprès des conducteurs. Mais beaucoup ne respectent pas les limites descharges autorisées », informe-t-il. D’après lui, la surcharge représente un véritable danger pour tous les usagers de la route. Elle augmente le risque d’accident, réduit la capacité de freinage et rend la conduite beaucoup plus difficile surtout sur les routes déjà encombrées.

Face à cette situation, les autorités multiplient les contrôles afin de dissuader les conducteurs imprudents. Mais, malgré ces efforts, la pratique continue de plus belle dans la ville. Pour de nombreux observateurs, la solution passe autant par le renforcement des contrôles que par une prise de conscience collective. Car, au-delà des pertes matérielles, chaque surcharge constitue un danger potentiel pour des vies humaines.

Man-Ya Allah Gisèle

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