Politique

Renforcer les leviers d’actions féminines

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La montée des femmes en politique s’explique par plusieurs facteurs propulsés par les actrices de la société civile et la volonté politique. Comment les femmes s’imposent-elles  dans le milieu? Est-ce que leur voix porte ? Dr YaminguéBetinbaye, analyste politique, chercheur principal au Centre d’Etudes des Dynamiques Sociales (CEDYS), fait une analyse entre progression numérique et pertinence dans le débat politique.

La percée des femmes dans la vie publique et politique est qualifiée par l’analyste de spectaculaire surtout au cours des 15 dernières années. Il cite le cas de l’Assemblée nationale comme atypique. « La première législature qui a été mise en place dans le sillage de la Constitution de 1996 et qui comptait 125 députés n’a que 2 femmes. C’est une proportion dérisoire d’à peine 0,06 %. Quand on voit l’Assemblée nationale actuelle, on tombe des nus parce qu’elle est constituée d’une très forte proportion de femmes. C’est 64 femmes sur 188 soit 34 % », explique, Dr Yaminguétinbaye.

Selon lui, l’action de la société civile féminine et la volonté politique sont à l’origine de cette évolution. Le chercheur soutient que « les organisations de la société civile en général et celles féminines en particulier n’ont jamais baissé les bras quant à se battre pour que les femmes accèdent aux sphères de prise de décision et aux sphères clés d’actions ». Le déclic, rappelle-t-il, remonte à la conférence de Beinjing de 1995 [Quatrième conférence mondiale sur les femmes, ndlr]. Al’échelle du Tchad, les organisations de la société civile féminines et certaines actrices de la scène ont été aux premières loges dans cette lutte. « On pourrait s’arrêter sur deux cas : la CELIAF (Cellule de Liaison et d’information des Associations Féminines) et le CONAF (Conseil National des Femmes du Tchad). Ce sont deux organisations qui ont beaucoup travaillé sur ce sujet et qui dans l’ombre ou à la lumière ont réussi à faire bouger les lignes. Elles ont réussi même en ce qui concerne le CONAF à positionner les femmes au niveau de la scène politique », fait remarquer, Dr Yamingué Betinbaye.

Un cadre législatif propice

La volonté politique qui sous-tend le fait est matérialisée dans le cadre législatif. Il s’agit dans un premier temps, del’ordonnance 012 du 22 mai 2018 instituant la parité dans les fonctions nominatives et électives. Plus tard, souligne l’analyste, « cette ordonnance a été renforcée par le décret d’application n°0433 du 5 mars 2021. Ces deux éléments du cadre législatif ont ouvert la voie à une occupation importante de l’espace public en général et de l’espace politique en particulier par les femmes. Le décret n°0433 avait même clairement mentionné que la parité s’entend par l’égal accès des femmes et des hommes aux instances de prise de décision dans les fonctions électives et nominatives. Il y a eu la pression des femmes en interne qui, se saisissant du contexte de la transition, se sont imposées pour que ces éléments du cadre législatif soient appliqués ». Selon lui, de façon presque mécanique, les instances de la transition, à l’exception du Conseil Militaire de Transition et un peu des gouvernements de transition successifs, les instances qui ont été mises en place pendant la transition et après la transition, ont respectéle principe d’un minimum de 30 % de femmes comme membres. Le code électoral de février 2024 a donné également un vent favorable. « Ce code qui s’est appuyé sur les instruments juridiques existants a clairement dit que chaque liste au niveau de la circonscription comporte un nombre de candidats correspondant au nombre de siège à pourvoir en respectant le quota d’au moins 30 % de femmes conformément aux dispositions légales. Ce sont les articles 175 et 199 ».

Une progression de forme ?

Les statistiques sont une chose et la réalité en est tout une autre, relativise, Dr Yamingué Betinbaye. Il faudrait remarquer pour lui « que même s’il y a une percée numérique de la gente féminine dans l’espace public et la scène politique en particulier, la voix de la femme dans le débat politique au Tchad reste encore relativement faible ». Dans son décryptage, il explique qu’au niveau de ces institutions où les femmes commencent à gagner du terrain, elles ne sont pas situées à des positions qui leur permettent de donner de la voix afin d’impulser une orientation. Le cas intéressant estcelui de l’Assemblée nationale. Le bureau actuel de l’Assemblée nationale est composé de 17 membres dont septfemmes, soit une proportion d’environ 41 %. « C’est une parité purement cosmétique parce que quand on se penche sur ces statistiques, on peut être totalement surpris. Sur les septfemmes, il y a aucune femme parmi les trois premières personnalités de l’Assemblée nationale. Une seule femme est vice-présidente sur les six vice-présidents de l’Assemblée nationale. Sur ces sept femmes, cinq occupent un poste de secrétaire de séance. Donc, un peu plus de 71 % de ces femmes qui sont dans le bureau de l’Assemblée nationale sont reléguées au poste de secrétaires de séance. », justifie, Dr Yamingué Betinbaye.

Il y a d’un côté les statistiques qui sont éloquentes et de l’autre côté la réalité qui donne à voir que la présence de la femme dans le débat politique au Tchad mérite encore d’être améliorée.

Badoum Oumandé Henri

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