Société Tchad

Savoir-vivre [Dossier 1] : Quand le simple bonjour s’efface des habitudes

Depuis les temps immémoriaux, la salutation a toujours été considérée comme un signe essentiel de sociabilité dans les sociétés humaines. Il en est de même pour l’accueil réservé à un visiteur. Ces valeurs, qui constituent l’ADN culturel des Africains et en particulier des Tchadiens, tendent aujourd’hui à s’effriter, voire à disparaître, au profit des comportements importés. Un constat qui inquiète celles et ceux attachés à leur préservation. Effet de mode ou simple imitation servile ? Témoignages et observations apportent des éclairages.

Au fil des dernières décennies, les nombreux brassages culturels liés aux voyages et séjours à l’étranger, ont favorisé l’adoption de nouveaux comportements chez de nombreux Tchadiens. Jadis, les descendants des Sao étaient réputés parmi les peuples les plus chaleureux et accueillants d’Afrique et peut-être du monde. Cette réputation s’appuyait notamment sur une propension naturelle à saluer spontanément plusieurs fois dans la journée une même personne sans que cela ne choque. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Beaucoup estiment que les comportements dans ces domaines ont radicalement changé, aussi bien devant les cercles privés que dans les administrations publiques et privées. « J’étais assis dans ma cour un après-midi quand un jeune, manifestement pressé, est passé à deux mètres de moi. Il m’a regardé sans me saluer. Quelques minutes plus tard, il est revenu pour me demander l’adresse d’une personne avec qui nous partageons la même cour. N’étant pas du genre à me laisser piétiner, je lui ai répondu sèchement que je ne connaissais pas le type qu’il cherchait », témoigne un enseignant sous couvert d’anonymat.

Et d’ajouter que la simple salutation avec respect et politesse peut ouvrir des portes hermétiquement fermées et sauver des vies. Dans le même sens, Lucien Darsem, vendeur ambulant au quartier Habbéna, dans le 7ᵉ arrondissement, souligne: « Imaginez que la personne vous néglige ou vous méprise, si quelque chose de grave lui arrive vous serez très réticent à lui porter secours ».

Dans les services de l’administration publique ou privée, les collègues d’un même service se saluent comme si on les obligeait à le faire. « Ce n’est pas une denrée alimentaire dont le manque va me rendre affamé. La salutation est gratuite, si je te l’adresse de bon cœur et avec chaleur et que tu me réponds avec fraîcheur ou pas du tout, j’arrête simplement et définitivement de te saluer », s’insurge un journaliste d’un média de service public, victime de cette pratique qui frise le mépris.

L’accueil en question

Au-delà de la salutation, l’accueil réservé à autrui semble lui aussi en perte de vitesse. Dans les familles comme dans les services, la convivialité tend à disparaître. « Le visiteur ne vient pas forcément quémander ; accueillez-le chaleureusement, offrez-lui de la place et de l’eau à boire avant de lui poser des questions. Ce n’est plus ce qui se passe de nos jours », regrette François Boula, un père de famille résident à Ardepdjoumal.

Dans les services, le constat est plus que déplorable. Il n’est pas rare d’entendre, notamment les usagers du ministère en charge de la Fonction publique, se plaindre du peu de considération voire du mépris dont ils sont l’objet. Le témoignage suivant d’un fonctionnaire venu de l’arrière-pays pour le suivi de son reclassement fait pitié : « Après avoir toqué plusieurs fois sur le porte du bureau vers lequel on m’a orienté, une voix faible a enfin daigné me dire d’entrer. Ce que j’ai fait tout en disant bonjour comme il convient dans ces circonstances. Le monsieur assis derrière son ordinateur n’a ni répondu, ni levé la tête pour me regarder encore moins inviter à m’asseoir. Dépité au bout de trois minutes, j’ai dû ressortir de son bureau ». Avec de tels comportements, ne faut-il pas préconiser le retour à l’enfance pour certaines personnes afin qu’on leur inculque certaines valeurs de la vie en société ?

Riamian Doumtoloum Ghislain

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