Société Tchad

Savoir-vivre [Dossier 2] : « L’accueil et la salutation sont des symboles forts de sociabilité », Arnaud Ndilmbaye, sociologue

Avec le développement poussé actuel de la société tchadienne, on constate que de nouveaux phénomènes apparaissent, parmi lesquels l’accueil et la salutation qui tendent à perdre leurs valeurs, alors qu’ils constituent une identité. Le sociologue Arnaud Ndilmbaye avance pour L’Info quelques éléments pour expliquer ce phénomène.

L’Info : Pourquoi des valeurs comme l’accueil et la salutation tendent à perdre leur importance ?

Arnaud Ndilmbaye : Dans la société tchadienne traditionnelle, l’accueil et la salutation étaient des piliers du lien social. Ces pratiques traduisaient le respect, la reconnaissance de l’autre, et participaient à la cohésion des familles et des communautés. Or, plusieurs dynamiques sociales expliquent leur érosion progressive. L’urbanisation et l’anonymat : dans les grandes villes comme N’Djaména, Moundou, Doba, Abéché, etc., la promiscuité et la vie urbaine rapide réduisent les espaces de convivialité. On se croise sans toujours se connaitre, ce qui diminue l’importance accordée aux salutations. La modernité et l’individualisme : l’ouverture au monde à travers les réseaux sociaux, la télévision, les valeurs importées, favorisent une culture de l’efficacité et du ‘’temps qui presse’’. On privilégie l’action rapide plutôt que la convivialité. La crise économique et la précarité : le poids du chômage, la pauvreté et les inégalités renforcent les tensions sociales. Beaucoup vivent dans des préoccupations matérielles qui réduisent l’attention portées aux codes du savoir-vivre. A cela s’ajoutent les changements générationnels : les jeunes, influencés par les modes de communication numériques, délaissent les formes traditionnelles de politesse comme les salutations prolongées, les visites de courtoisie au profit de messages courts, voire impersonnels. Aussi, retiendra-t-on également l’affaiblissement des structures traditionnelles comme causes ; la famille élargie, autrefois garante de ces valeurs, se fragilise avec la migration, les conflits et l’urbanisation.

Quel message adressez-vous aux Tchadiens pour préserver ces valeurs ?

Malgré ces mutations, il est possible de réhabiliter et d’adapter ces valeurs en réaffirmant bien-sûr la valeur des salutations dans l’éducation ; les parents doivent transmettre l’importance du ‘’bonjour’’, de la main tendue, du sourire. C’est une école du respect et de l’humilité. En valorisant la culture tchadienne à travers les associations, les écoles et les médias qui peuvent mettre en avant les vertus de l’accueil et de l’hospitalité comme symboles identitaires du Tchad. En pratiquant la convivialité au quotidien car, même en ville, saluer son voisin, accueillir l’autre avec bienveillance, prendre quelques minutes pour échanger, contribuent à recréer un lien social. Enfin, en adaptant les pratiques aux réalités modernes ; il ne s’agit pas ici de revenir au passé tel quel, mais de trouver des formes contemporaines d’accueil et de politesse, compatibles avec le rythme de vie actuel. En conclusion, il faut faire de l’accueil et de la salutation des leviers d’unité nationale, parce que dans un pays marqué par la diversité ethnique et religieuse comme le Tchad, ces valeurs sont des symboles de sociabilité.

Propos recueillis par Riamian Doumtoloum Ghislain

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