Présentée comme la boussole du développement national, PND « Tchad Connexion 2030 », place le secteur privé au cœur de la transformation économique du pays. Pourtant, derrière les discours ambitieux et les annonces solennelles, une réalité plus préoccupante se dessine. Il s’agit de l’absence d’initiatives et d’innovations de certains commerçants et opérateurs économiques, face aux opportunités pourtant multiples.
Le constat est sans appel. Lors de la présentation du PND à Abu Dhabi en novembre 2025, censée consacrer l’émergence d’un secteur privé national fort, les opérateurs économiques ont brillé par leur discrétion. Peu de projets bancables, peu de propositions structurées, encore moins de visions stratégiques capables de rivaliser avec celles portées par les investisseurs étrangers. Le leadership économique tchadien attendu n’a pas été au rendez-vous. Un seul s’est distingué en signant quelques conventions avec l’Etat.
Cette faiblesse s’explique en partie par une dépendance persistante à des pratiques commerciales traditionnelles, souvent axées sur le profit immédiat au détriment d’une logique d’investissement à long terme. Dans des secteurs pourtant stratégiques comme l’agro-industrie, les mines, l’énergie ou les infrastructures, les opérateurs économiques tchadiens peinent à s’inscrire dans une dynamique d’innovation, de transformation locale et de création de valeur ajoutée. Le manque de réflexion stratégique et d’audace entrepreneuriale constitue aujourd’hui un frein majeur à la diversification de l’économie nationale.
Le PND, repose pourtant sur un principe clair, celui du partenariat public-privé et la mobilisation des capitaux nationaux. Or, sans entreprises locales capables de se structurer, de mutualiser les risques et de porter des projets d’envergure, le développement risque d’être largement piloté de l’extérieur. Une telle configuration expose le pays à des retombées économiques limitées et à une marginalisation progressive des acteurs nationaux dans les grands projets de développement durable.
Certes, les difficultés sont réelles particulièrement l’accès restreint au financement, environnement des affaires à améliorer et la faible capitalisation des entreprises locales. Mais ces contraintes ne sauraient justifier l’attentisme observé lors d’un rendez-vous aussi stratégique que celui d’Abu Dhabi. Dans des contextes similaires, d’autres pays ont vu leurs opérateurs privés se regrouper en consortium, s’organiser et s’imposer comme partenaires crédibles face aux investisseurs internationaux.
L’absence de coordination effective entre l’État et le secteur privé accentue également cette fragilité. Alors que le gouvernement multiplie les initiatives pour moderniser les infrastructures et attirer les investissements, la participation concrète des opérateurs économiques tchadiens demeure marginale, révélant un déficit de confiance, mais aussi de préparation.
L’enjeu est désormais clair. Pour que le partenariat public-privé ne reste pas un slogan, les opérateurs économiques tchadiens doivent se réinventer, investir dans des secteurs porteurs comme l’agriculture industrielle et les énergies renouvelables, et assumer pleinement leur rôle de moteur de croissance. Faute de quoi, ils risquent d’assister, en simples spectateurs, à la transformation de leur propre économie ou au mieux, s’attendre à sous-traiter avec les entreprises étrangères.
Abakar Gombo Doungous et Sadié Hafis Oumar












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