Société

Situation humanitaire au Tchad : Enjeux et défis face aux afflux

La dernière guerre qui, a éclaté au Soudan il y a deux ans après celle de 2003, a causé le déplacement massif des populations de ce pays vers le Tchad. Il en est de même dans le Sud notamment à Goré, Danmadja avec les réfugiés centrafricains suite aux multiples crises politico-militaires que leur pays a connues ainsi que dans le Lac à cause des exactions de la secte terroriste Boko Haram. Ces afflux de réfugiés sur le sol tchadien ont provoqué une pression accrue sur les ressources naturelles telles que l’eau, la terre et les services sociaux de base comme la santé et l’éducation.

Le gouvernement tchadien a mis en place une équipe nationale de suivi dirigée par le ministère des affaires humanitaires avec l’appui du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) et les partenaires humanitaires afin d’identifier les gaps et envisager l’activation du plan de contingence. Malgré cela, les réfugiés et les communautés d’accueil font face à d’énormes difficultés. Ces afflux venus de toutes parts aggravent l’insécurité alimentaire, faisant pression sur l’économie locale. La concurrence pour l’eau, les pâturages et les terres agricoles crée des tensions entre les refugies et les communautés hôtes. L’arrivée massive de l’aide internationale, bien que nécessaire, déstabilise les économies locales créant un sentiment d’abandon chez les populations locales comme l’expliquent des études de l’UNHCR. Le risque de troubles politiques et sociaux est élevé avec un ressentiment grandissant contre les étrangers dans certaines zones du pays.

Population d’accueil et refugiés méritent la même attention

Les conditions de vie précaires dans les camps de réfugiés augmentent le risque de maladies épidémiques avec les problèmes spécifiques de santé, des problèmes de santé graves comme la malnutrition aigüe chez les enfants et la mortalité maternelle. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), le Tchad accueille plus d’1,3 million de réfugiés, principalement originaires du Soudan et 274 000 réfugiés tchadiens rapatriés, même si dans les autres zones géographiques telles que le Sud et l’Ouest, les derniers chiffres ne sont pas mis à disposition. Les enfants représentent une part importante de cette population avec des chiffres élevés notamment 61 % des réfugiés et 68 % des rapatriés, soit environ 700.000 enfants. La situation humanitaire est grave avec un besoin d’aide pour 7 millions de personnes au Tchad, tout en continuant de relever que les derniers chiffres ne sont pas connus, tant la situation sur le terrain évolue au gré des événements tragiques que vivent celles-ci ; aussi, les défis majeurs en matière d’eau, d’assainissement, d’éducation et de santé, persiste-t-elle. Selon ses données officielles, l’UNICEF précise que l’accès à l’eau potable demeure un défi majeur avec seulement 64 % de la population couverte en 2022. Dans le domaine sanitaire, le taux de mortalité néonatale est de 31 pour 1000 naissances vivantes avec des épidémies de choléra dans des camps de réfugiés causant de décès principalement parmi les jeunes enfants.

En éducation, malgré les défis près de 5000 élèves réfugiés soudanais sans compter ceux de la RCA, du Niger et du Nigéria, ont pu passer leurs examens du baccalauréat en 2025. Le manque de fonds est un problème critique car seuls 20 % des 409 millions de dollars sont mis à disposition pour 2025 à en croire l’UNICEF. Pendant que l’UNICEF se démarque par son rapport sur la situation humanitaire, la commission nationale d’accueil, de réinsertion des refugiés et des rapatriés Commission nationale d’accueil, de réinsertion des réfugiés et des rapatriés (CNARR), en collaboration avec l’UNHCR, gèrent aussi à leur façon ces afflux de tous les coins géographiques du pays. La CNARR assiste dans l’accueil, l’enregistrement et le statut des réfugiés. L’UNHCR lui, s’occupe de la logistique, de la protection et des services vitaux dans les camps et des communautés hôtes, bien que les besoins dépassent largement les ressources disponibles.

Urgence humanitaire face aux obstacles du financement

Cette situation qui a débuté depuis 2023 exerce une pression énorme sur les ressources locales alors que le financement est insuffisant représentant moins de 5 % de ce qui est nécessaire d’après les données statistiques de la CNARR. Celle-ci déclare que les réfugiés sont exposés à des risques de protection, à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition dues aux impacts du changement climatique comme les inondations. L’organisme onusien, quant à lui, aide à relocaliser 57 % des réfugiés des sites spontanés vers des sites plus adaptés.

La situation humanitaire du Tchad faite par le HCR le 6 novembre 2025 lors d’une conférence de presse par une mission conjointe du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés et de l’Union internationale des télécommunications (UIT) au Tchad évalue les avancées et les besoins en matière de connectivité dans les zones accueillant des réfugiés. C’est une initiative qui vise à améliorer l’accès au numérique pour plus de 20 millions de personnes à travers dix pays dont le Tchad. La mission a fait mention d’une crise sanitaire due au choléra. Aussi, les défis liés aux conflits et au changement climatique, notamment la persistance des déplacements de populations dans la province du Lac, dans l’Est et le Sud sont-ils évoqués.  L’UNHCR et ses partenaires intensifient donc leurs interventions, mais sont confrontés à des défis tels que la mobilité des populations et un accès limité aux ressources de base.

Le Tchad est l’un des pays qui accueille un nombre important de réfugiés mais n’a pas les ressources nécessaires pour faire face à cette situation. Les acteurs humanitaires sont interpellés. Ils doivent se positionner le plus vite possible sur les différents secteurs d’intervention pour résoudre les problèmes d’urgence à savoir l’eau, l’assainissement, les abris, la santé et les moyens de subsistance dans les camps des réfugiés, et l’éducation

Man-ya Allah Gisèle

À propos de l'auteur

ATPE

Ajouter un commentaire

Cliquez ici pour poster un commentaire