Bien que moins visible chez les hommes, le tabagisme féminin constitue une préoccupation croissante de santé publique. Ses conséquences sur la fertilité, la grossesse et le bien-être psychologique des femmes sont nombreuses et souvent sous-estimées.
Le médecin-chef du district de l’hôpital de Liwa, Dr Djikoloum Cyrus, met en garde contre les effets du tabac sur la santé reproductive. Selon lui, la consommation régulière de cigarettes réduit considérablement les chances de conception chez la femme. « Le tabac entraîne une diminution de la fertilité, perturbe l’ovulation, accélère le vieillissement des ovaires et augmente les risques de grossesse extra-utérine ainsi que de fausses couches », explique le médecin.
Il souligne également que les femmes fumeuses présentent moins de chances de réussite lors d’une fécondation in vitro (FIV) et sont davantage exposées à une ménopause précoce. Chez les hommes, ajoute-t-il, le tabac affecte la qualité du sperme en réduisant le nombre et la mobilité des spermatozoïdes tout en favorisant les troubles de l’érection et la baisse de la libido. Au-delà des conséquences physiques, le tabagisme engendre une forte dépendance psychologique. «Beaucoup de personnes fument pour gérer le stress, l’anxiété ou simplement par habitude. Cette dépendance psychologique est souvent plus difficile à vaincre que la dépendance physique », précise Dr Djikoloum Cyrus.
Cette réalité est illustrée par le témoignage de Menodji L. une femme qui lutte aujourd’hui contre son addiction à la cigarette. Avec regret, elle revient sur les circonstances qui l’ont conduite à fumer. « Sincèrement, je regrette d’avoir commencé à fumer. Si je devais recommencer à faire ma vie, je n’oserais pas », confie-t-elle. Rien ne la prédisposait pourtant à cette pratique. « Je n’avais jamais imaginé fumer un jour. Je détestais même les personnes qui fumaient », raconte-t-elle. C’est au contact de certaines fréquentations et dans le cadre d’activités de loisirs qu’elle a progressivement découvert la cigarette.
Passionnée de chant, Menodji L. participe régulièrement à des soirées « karaoké » dans un maquis de la place. « Pour être acceptée dans le groupe, il faut absolument fumer. Au début, je faisais semblant mais petit à petit, l’habitude s’est installée jusqu’à devenir une dépendance », explique-t-elle. Aujourd’hui encore, elle dit subir le regard parfois sévère de la société envers les femmes fumeuses. « On me colle des étiquettes. Dans certains milieux, les mentalités n’ont pas encore évolué et cela rend la situation encore plus difficile à vivre », regrette-t-elle.
Pour lutter contre cette dépendance, Dr Djikoloum Cyrus recommande un accompagnement adapté combinant soutien psychologique, conseils médicaux, activités sportives et changement des habitudes de vie. Selon Dr Djikoloum Cyrus, l’arrêt du tabac produit des effets bénéfiques progressifs sur l’organisme. « En cessant de fumer, les chances de retrouver une meilleure fertilité augmentent et les risques liés à la grossesse diminuent considérablement », affirme-t-il.
Face à la progression du tabagisme chez certaines catégories de la population, les spécialistes plaident pour un renforcement des campagnes de sensibilisation afin d’informer davantage les femmes sur les conséquences sanitaires et sociales de cette addiction.
Man-Ya Allah Gisèle












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