Depuis plusieurs décennies, l’Afrique nourrit le rêve d’une unité capable de dépasser les frontières héritées de la colonisation. Ce rêve, appelé panafricanisme, a inspiré des générations de leaders et de peuples africains. Pourtant, derrière les discours officiels, une question demeure, cette idéologie existe encore réellement aujourd’hui. Le panafricanisme est-il toujours une réalité ou simplement un idéal du passé ?
La journée mondiale de l’Afrique, célébrée le 25 mai de chaque année, marque la création de l’Organisation de l’Unité Africaine en 1963. Elle symbolise la lutte pour l’indépendance, l’unité et le développement du continent africain. La journée rappelle également les combats historiques, met en lumière les défis actuels et valorise les actions menées par les africains pour l’épanouissement de ce continent. Ainsi est née l’idée du panafricanisme afin d’unir les peuples africains autour d’une histoire, d’une identité et d’un destin commun.
Selon le Professeur Ahmat Mahamat Hassan, juriste constitutionnaliste et analyste politique par ailleurs, enseignant en droit et science politique, le panafricanisme est toujours un projet vivant. « Aujourd’hui, face à la mondialisation et aux crises multiformes, la nouvelle génération prend de plus en plus conscience que l’avenir de l’Afrique dépend fondamentalement de son unité», atteste-t-il.
Le continent continue d’occuper une place importante dans l’économie mondiale, perçu comme la réserve de matières premières et de ressources naturelles de la planète, il demeure pourtant « l’enfant pauvre » de l’humanité, affirme le Professeur Ahmat Mahamat Hassan. Une situation qui s’explique par une trajectoire historique douloureuse marquée par l’esclavage et la colonisation.
Les barrières à l’unité
Si l’intégration africaine est en marche, elle se heurte à une triple barrière des divisions internes, des opportunismes étrangers omniprésents et des enjeux économiques colossaux explique Ahmat Mahamat Hassan. L’Afrique est aujourd’hui au centre d’une guerre d’influence où les puissances traditionnelles rivalisent avec les géants émergents pour le contrôle de ses ressources dit-il. « L’affirmation de l’Afrique n’est pas de l’intérêt des étrangers. Si l’Afrique s’affirme, cela ne peut se réaliser que par son unité», confie le professeur.
Selon lui, le cœur du problème réside également dans la nature même de certains pouvoirs politiques sur le continent. Pour assurer leur pérennité, de nombreuses élites locales préfèrent s’appuyer sur l’aide extérieure qu’elle soit militaire ou financière plutôt que sur la volonté réelle de leurs peuples. Ce manque de légitimité domestique aliène la souveraineté des États au profit de décideurs étrangers.
Concernant l’efficacité de l’Union Africaine (UA), le constat du professeur est sans appel. Pour lui, l’institution reste largement figurative. Héritière de l’OUA, réformée en son temps par des figures panafricaines comme Mouammar Kadhafi, l’UA souffre aujourd’hui d’un mal profond, son manque d’autonomie financière.
« Le fonctionnement régulier de l’Union africaine est en effet largement subventionné par l’Union européenne. Cette dépendance économique pose une question fondamentale. Comment une organisation peut-elle engager des réformes profondes et défendre les intérêts du continent lorsque sa propre survie dépend de fonds extérieurs ? De la même manière, les initiatives récentes comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) suscitent de l’espoir, mais restent pour l’instant au stade d’essais dont les résultats concrets se font attendre», révèle-t-il.
Le professeur Ahmat Mahamat Hassan, à l’occasion de la Journée de l’Afrique appelle des peuples africains, et les Tchadiens en particulier au dépassement des frontières artificielles. Qu’elles soient géographiques, Afrique de l’Ouest, Centrale, de l’Est ou linguistiques, francophones, anglophones, ou arabophones, ces divisions internes doivent cesser face à un destin commun.
Il certifie que l’histoire démontre qu’aucune grande nation ne s’est construite sans un leadership fort, éclairé et profondément. La liberté et la véritable indépendance ne s’octroient pas, elles s’arrachent par le combat et le sacrifice. Armée des nouvelles technologies et d’un accès rapide à l’information, la nouvelle génération africaine détient les clés de ce sursaut. Il lui appartient désormais de refuser l’inaction et de comprendre que personne d’autre ne viendra bâtir l’Afrique à sa place.
Aminata Dabirama












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