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Union africaine: Une intégration plombée par de nombreux défis

L’Afrique célèbre, le lundi 25 mai 2026, le 63ᵉ anniversaire de la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), devenue Union africaine (UA) en 2002. Fondée, le 25 mai 1963 à Addis-Abeba, en Éthiopie, cette institution panafricaine tente, depuis plusieurs décennies, de s’imposer comme le cadre fédérateur des actions communes du continent. Toutefois, entre passivité, divergences politiques et difficultés structurelles, son bilan demeure contrasté.

 À sa création, l’OUA, s’était donné pour principales missions l’élimination de la colonisation et de l’apartheid, le renforcement de l’unité et de la solidarité entre les États africains, la défense de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États membres, ainsi que la promotion de la coopération internationale conformément à la Charte des Nations Unies et à la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Avec l’évolution du contexte international et la disparition progressive de certaines problématiques comme la décolonisation ou la lutte contre l’apartheid, une réforme de l’organisation s’imposait. C’est ainsi qu’est née l’Union africaine, avec des ambitions plus larges, notamment l’accélération de l’intégration politique et socio-économique du continent, la promotion de la paix, de la sécurité, de la démocratie et de la bonne gouvernance. L’UA s’est également dotée du droit d’intervention dans les États membres en cas de crimes graves, notamment les crimes de guerre, les génocides et les crimes contre l’humanité. À cela s’ajoutent de nouveaux objectifs liés au développement durable, à la réduction de la pauvreté, à la croissance inclusive et à la promotion des droits humains.

Cependant, c’est précisément sur ces questions que l’organisation se heurte à de nombreuses difficultés. Les principes souverainistes défendus par certains États membres limitent souvent la portée des décisions communautaires. À cela s’ajoutent des moyens financiers insuffisants qui rendent l’institution fortement dépendante des financements extérieurs. L’article 4 de l’Acte constitutif de l’UA prévoit pourtant « le droit de l’Union d’intervenir dans un État membre dans certaines circonstances graves, notamment les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre l’humanité ». Mais dans la pratique, l’organisation peine à agir efficacement sur les théâtres de conflits. Au Soudan, au Sahel ou encore dans la région des Grands Lacs, les crises sécuritaires persistent sans médiation véritablement décisive de l’Union africaine. L’organisation apparaît davantage comme un forum de chefs d’État que comme une véritable instance supranationale capable d’imposer des solutions communes.

Les divisions politiques entre États membres compliquent davantage la recherche du consensus, rendant difficiles les prises de décisions fortes. À cela s’ajoute la multiplicité des organisations sous-régionales africaines. Le continent compte aujourd’hui huit communautés économiques régionales, dont plusieurs États appartiennent simultanément à différents ensembles aux règles parfois divergentes. Cette superposition institutionnelle freine l’harmonisation des politiques d’intégration.

Alors que certaines communautés ont réussi à instaurer une libre circulation relativement effective des biens et des personnes, d’autres restent marquées par des restrictions importantes. À l’échelle continentale, l’intégration des peuples se heurte également à une montée préoccupante des comportements xénophobes dans certains pays africains.

Une faible empreinte économique

 Sur le plan économique, les défis demeurent tout aussi importants. L’économie africaine reste largement dépendante de l’exportation des matières premières et des financements extérieurs. Pourtant, cette situation aurait pu pousser l’Union africaine à impulser de véritables projets continentaux structurants. Hormis quelques initiatives menées avec l’appui de partenaires internationaux, les résultats restent encore limités. Les États membres peinent à harmoniser leurs politiques commerciales et le commerce intra-africain demeure faible comparativement à d’autres régions du monde.

Pour y remédier, l’UA a lancé en 2021 la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), destinée à supprimer progressivement les droits de douane sur la majorité des produits échangés sur le continent. Malgré cette ambition, les effets de cette réforme tardent encore à se faire ressentir dans le quotidien des populations africaines. Les attentes restent pourtant fortes. De nombreux Africains aspirent à une Union africaine capable d’harmoniser les politiques monétaires, de faciliter réellement la libre circulation des biens et des personnes et de construire une véritable identité africaine commune.

Mais le principal obstacle demeure politique. Beaucoup d’États africains restent attachés à leur souveraineté nationale et hésitent à transférer certaines compétences à une institution supranationale. Ce dilemme, déjà présent à l’époque de l’OUA, continue de fragiliser l’Union africaine. Craignant parfois de perdre certains États membres ou d’accentuer les divisions internes, l’organisation adopte souvent des positions prudentes face à certaines crises, notamment avec les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES).

L’Agenda 2063, feuille de route stratégique de l’Union africaine intitulée « L’Afrique que nous voulons », pourrait néanmoins offrir une nouvelle impulsion au projet panafricain. Encore faut-il que les États membres acceptent de renforcer davantage l’intégration continentale et de donner un nouveau souffle à l’organisation. À défaut, ce sont l’intégration politique, le développement économique et l’unité africaine qui risquent de continuer à en subir les conséquences, au détriment des populations du continent.

Payang Passoret

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