Société

Vacances scolaires : Le système « D » en marche

Après les fins d’années scolaires, les vacances ne signifient pas un repos total pour certains élèves de la ville de N’Djaména.  Les activités génératrices de revenus sont primordiales pour préparer la prochaine rentrée. A travers les petits commerces, ces élèves prennent d’assaut les rues et les marchés pour proposer divers articles clients. Cette pratique désormais ancrée dans le quotidien de nombreux vacanciers tchadiens.

Au quartier Atrone, dans la commune du 7ème arrondissement de la ville de N’Djaména, Djimtebaye F., 16 ans, n’attend pas une main tendue. Dès le dernier bulletin en poche, il installe sa petite table de cigarettes. « Moi c’est chaque année que je vends des cigarettes et lingette ainsi que des briques pour assurer ma prochaine rentrée. Je vis avec une tante qui est veuve donc je me débrouille ainsi afin d’alléger certaines charges avec ma tutrice », souligne-t-il. Pour lui, les vacances sont une opportunité, pas question de rester les bras croisés pendant que les besoins de la rentrée scolaire s’accumulent à savoir les fournitures, les uniformes, les frais d’inscription.  Par contre Albertine T, âgée de 14 ans, qui passe pour la classe de 4ème, a choisi le commerce des mangues et bananes devant le stationnement des bus sur le pont à double voie. « Je m’ennuie trop à ne rien faire pendant les vacances donc raison pour laquelle j’ai demandé de l’argent à ma maman pour faire cette activité, je m’en sors très bien avec les bénéfices afin d’aider cette dernière à faire les achats scolaire pour préparer la prochaine année scolaire», renchérit la jeune vacancière.

Pour beaucoup d’élèves, les vacances sont très courtes mais bien ennuyeuses. Les petits commerces deviennent alors une façon d’occuper son temps, de se sentir utile et d’avoir son propre argent de poche. « Je vends de la bouillie et les œufs pour ne pas manquer des petits besoins car trois mois à la maison c’est beaucoup pour moi et je ne dois pas continuer à être une parasite pour mes parents. Il est aussi question de les aider, raison pour la quelle je me débrouille », explique Ramadjé G. toute joyeuse devant sa marmite de bouillie

Entre résilience et risque de banalisation

Le sociologue Nantoïngué Ronel analyse le phénomène. « Ce que nous voyons ici est double. D’un côté, il y a une forme de résilience et de socialisation économique précoce. Ces jeunes vacanciers apprennent la valeur de l’effort, la gestion d’un petit budget et le sens de la responsabilité familiale. C’est une adaptation aux réalités socio-économiques de nombreux ménages ». De l’autre côté, le sociologue appelle aussi à la vigilance des parents de ces jeunes. « Quand la nécessité remplace le choix, on bascule dans le travail de l’enfant », avertit-t-il, avant de préciser que l’ennui est aussi un vrai facteur. Nos sociétés n’offrent pas toujours assez d’espaces de loisirs, de centres culturels ou sportifs accessibles. Du coup, le commerce devient l’occupation par défaut. Il ajoute que le défi pour les parents, l’école et les pouvoirs publics est de trouver un équilibre d’encadrer ces initiatives pour qu’elles restent éducatives, ponctuelles et sûres, sans compromettre le droit au repos, au jeu et à la préparation scolaire. Le financement de la rentrée scolaire, aider la famille à lutter contre l’ennui.

Il serait nécessaire d’encourager la débrouillardise tout en protégeant ces enfants. Et pour rendre utile et occuper ces derniers, il faut mettre en place des centres de vacances et activités encadrées pour éviter certains risques. Si la débrouillardise force l’admiration de quelques-uns, elle interroge aussi sur la place accordée à l’enfance dans un contexte économique qui peine à se relever.

Kemnelem Sophie

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