De l’école Thilam-Thilam au Lycée Montaigne, puis des amphithéâtres de Bordeaux aux blocs opératoires, le parcours de la gynécologue-obstétricienne, suit la ligne droite d’un rêve d’enfance. Derrière la blouse blanche se dessine son portrait d’une femme, d’une fille reconnaissante, épouse engagée, mère attentive et entrepreneure déterminée.
En juin 1999, au Lycée Montaigne, deux adolescentes se promettent un avenir ambitieux. Carine Ndogona, camarade de promotion de Dr Zenaba Saleh Djuma, gynécologue de son état, s’en souvient comme si c’était hier. « Nous nous sommes promis de vivre de très belles années de lycée et d’entamer rapidement nos études pour réaliser nos rêves». Une nuit d’août 2002, elles prennent le même avion, direction la France. Zenaba Saleh Djuma, elle, n’a jamais douté de sa vocation. « D’aussi loin que je me souvienne, elle voulait être médecin et rêvait d’avoir sa propre clinique au Tchad », témoigne Carine.
À Bordeaux, l’épreuve du concours d’entrée en médecine marque le véritable commencement. « En France, moins de 10 % des étudiants de première année réussissent. Ce concours est donc extrêmement sélectif », rappelle Dr Zenaba Saleh Djuma. Elle mesure aujourd’hui le chemin parcouru et rend hommage aux siens. «Sans le soutien total de ma famille, je n’aurais jamais pu poursuivre mes études. Certes, c’est ma main qui tenait le stylo, mais ma mère était le socle qui m’empêchait de vaciller », s’est-elle montré reconnaissante. Aussi se remémore encore des soutiens de ses oncles, aujourd’hui disparus, ainsi que son mari, toujours à ses côtés dans les moments de doute.
Carine Ndogona, confirme la détermination de sa camarade, en soulignant : « Pour réussir, il ne s’agissait pas seulement d’être bonne, mais d’être meilleure que 90 % des étudiants. Nous étions loin de l’amour et du soutien logistique de nos familles. Mais elle a transformé cette distance en carburant. »
À la fin de ses études, plusieurs hôpitaux français lui ouvrent leurs portes. Des recruteurs du Golfe lui proposent des offres « très alléchantes ». Elle décline tout. « J’ai tout refusé pour revenir au pays et auprès de ma maman, » mentionne-t-elle.
Membre de l’Ordre des médecins de France, elle aurait pu faire carrière en Europe. Mais elle choisit l’indépendance et le service, « n’ayant jamais voulu travailler pour quelqu’un, j’ai décidé de m’installer à mon compte afin d’exercer librement la médecine. » Ainsi naît la clinique Mercy A.-Z., un nom chargé de sens. « Par ce choix, je voulais remercier Dieu et rendre hommage à l’hôpital qui m’a formée. » Malgré des démarches administratives longues et éprouvantes, la structure voit le jour avec une ambition claire : proposer des soins à la pointe des nouvelles technologies, notamment en gynécologie au Tchad.
La valeur cardinale de Zenaba Saleh Djuma, reste l’humain dans toute sa globalité. Chaque sourire d’une patiente à sa sortie d’hospitalisation demeure gravé dans sa mémoire. Carine Ndogona, illustre cette humanité par une anecdote forte : « En 2013, alors qu’elle venait d’accoucher depuis moins d’une semaine, elle a parcouru des centaines de kilomètres pour venir me rassurer à la maternité. Mon accouchement était très compliqué. Depuis, nous appelons nos filles “les jumelles”. » Pour elle, Dr Zenaba Saleh Djuma, se résume en trois mots : « une volonté de fer, une générosité d’âme profonde et une loyauté sans faille en amitié ».
Leader et mère
Être femme et propriétaire d’une clinique représente un défi supplémentaire. « En dehors de la clinique, on doit aussi gérer un foyer dans toutes ses dimensions », confie-t-elle. Pour Dr Zenaba Saleh Djuma, l’organisation est la clé de tout. Médecin accomplie, épouse engagée dans un mariage de plus de vingt ans, mère attentive dont l’aînée suit déjà ses traces en faculté de médecine, elle assume ses multiples responsabilités sans jamais se proclamer modèle.
«D’autres compatriotes m’ont devancée et nous servent d’exemples», souligne-t-elle. Pourtant, Carine Ndogona, n’hésite pas de dire qu’elle est un modèle inspirant. Dans un monde où les médecins travaillent à la chaîne, elle prend le temps d’écouter, d’expliquer et d’accompagner. C’est une qualité immense.
Optimiste, Dr Zenaba Saleh Djuma, observe que « le système de santé s’est nettement amélioré », saluant les investissements publics, notamment la construction de l’Hôpital de la Renaissance et de l’Hôpital Mère-Enfant. Les cliniques privées, ajoute-t-elle, « apportent également leur contribution », malgré des défis persistants comme le déficit énergétique et la forte pression fiscale, ses ambitions ne s’arrêtent pas là. Elle souhaite que sa clinique devienne un centre hospitalier universitaire un jour.
Sa plus grande fierté demeure intime. Ses enfants et sa maman. Chaque matin, avant toute chose, je passe un coup de fil à sa mère. Dr Zenaba Saleh Djuma, n’aime pas qu’on la présente comme un modèle. Pourtant, pour de nombreuses jeunes filles tchadiennes qui rêvent de médecine, son parcours trace déjà un chemin.
Man-Ya Allah Gisèle












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