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Éducation : Filles en sciences, un combat silencieux

Dans les salles de classe tchadiennes, les sciences continuent d’avoir un visage majoritairement masculin. Pourtant, derrière les chiffres et les stéréotypes, des jeunes filles résistent, travaillent et réussissent. Entre pression sociale, surcharge domestique et manque de modèles visibles, leur parcours ressemble souvent à une course d’obstacles. Celles qui franchissent les barrières prouvent que le problème n’est pas le talent, mais les conditions.

Au lycée Félix Éboué II, la réalité saute aux yeux. En terminale C, seulement quatre filles sont inscrites. En terminale D, elles sont dix-neuf. Le proviseur, Dingamnayal Sayam, ne parle pas d’un manque de capacités. « Les filles ont les mêmes compétences que les garçons. Le problème, c’est le temps », affirme-t-il. Selon lui, beaucoup d’élèves cumulent cours, tâches ménagères et obligations sociales. Pendant que certains garçons révisent, d’autres filles sont sollicitées pour les travaux domestiques, les cérémonies familiales ou les responsabilités à la maison. La science exige rigueur, concentration et disponibilité. « La science, c’est le tableau et le tableau demande du temps », insiste le chef d’établissement, qui dit sensibiliser parents et élèves pour corriger ce déséquilibre.

Dans les couloirs de l’enseignement supérieur, le constat n’est guère différent. Kadjangaba Edith, hydrogéologue et maître de conférences, connaît ce parcours semé d’embûches. Elle a obtenu son baccalauréat série D avant de poursuivre des études en sciences naturelles, puis en hydrogéologie entre N’Djaména, Ouagadougou et Avignon. « Pour moi, il fallait réussir coûte que coûte. Je n’avais pas droit à l’erreur », confie-t-elle. Dans un environnement dominé par les hommes, elle raconte avoir dû « fournir d’énormes efforts pour s’imposer ». Nuits blanches, pression constante, sacrifices familiaux. Même aujourd’hui, elle dit ressentir l’obligation de prouver davantage. « Quand on est une femme dans un milieu scientifique, on se met plus de pression pour éviter d’être jugée négativement ».

Là où naissent les obstacles

Pour Khadidja Sakine, enseignante de mathématiques et aujourd’hui inspectrice au ministère de l’Enseignement supérieur, le problème commence tôt. Très tôt attirée par les chiffres, elle a poursuivi ses études dans les filières scientifiques à une époque où les femmes étaient presque absentes. « J’étais la seule femme dans ma promotion », se souvient-elle. Elle affirme que les filles réussissent souvent très bien en mathématiques, parfois mieux que les garçons. Mais elles doutent davantage d’elles-mêmes. Ce manque de confiance, nourri par des stéréotypes persistants, pèse lourd au moment de l’orientation.

Dr Noudjilembaye Adèle, présidente de Women of Science Initiative in Chad (association qui œuvre pour la promotion des sciences auprès des femmes), va dans le même sens. Selon elle, les sciences restent perçues comme « un domaine réservé aux hommes ». Cette représentation sociale décourage beaucoup de jeunes filles avant même qu’elles n’essaient. Elle évoque le manque de modèles féminins visibles, l’absence d’orientation adaptée et la persistance de préjugés culturels. « Ce n’est pas une question de capacité. C’est une question d’environnement », souligne-t-elle. Pour inverser la tendance, son organisation multiplie les conférences, ateliers et programmes de mentorat. L’objectif est simple. Montrer aux jeunes filles que des femmes tchadiennes sont ingénieures, chercheuses, hydrogéologues ou mathématiciennes, et qu’elles peuvent suivre la même voie.

Kadjangaba Edith insiste sur l’importance de cette visibilité. « Quand les jeunes filles rencontrent des femmes scientifiques, elles comprennent que c’est possible ». Elle estime que le gouvernement et ses partenaires ont engagé des efforts en matière de scolarisation des filles, mais que le travail reste immense. Il faut sensibiliser les parents, renforcer l’orientation et développer des initiatives concrètes pour « casser les tabous » autour des sciences.

Dans les lycées comme dans les universités, le message se répète. Les filles ont le potentiel. Elles ont la volonté. Ce qui manque encore, ce sont des conditions équitables, un soutien durable et des modèles inspirants. La science n’a pas de genre.

Sikngaye Tamaltan Inès & Naima Ahmed Beïn

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