Dans le cadre de l’évaluation de la mise en œuvre de la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption, le Conseil consultatif de l’Union africaine contre la corruption a tenu, le lundi 2 février 2026 à N’Djaména, une rencontre avec l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC). La réunion s’est déroulée au siège de l’institution tchadienne, marquant une étape importante dans le processus d’évaluation des efforts nationaux en matière de gouvernance et de transparence.
Cette mission s’inscrit dans le cadre du suivi de la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption, ratifiée par le Tchad en 2015. Il s’agit de la toute première évaluation du pays par le Conseil consultatif de l’Union africaine, malgré son adhésion antérieure à cet instrument juridique continental.
Ouvrant les échanges, le Contrôleur général de l’AILC, Ousmane Abderamane Djougourou, a exprimé la satisfaction de son institution d’accueillir la délégation africaine à N’Djaména. Il a souligné l’importance de cette démarche, qui intervient parallèlement aux évaluations menées par les mécanismes des Nations unies en matière de lutte contre la corruption. Selon lui, cette mission constitue une opportunité pour le Tchad de faire un état des lieux objectif de ses dispositifs et d’identifier les leviers d’amélioration. Le responsable de l’AILC a reconnu que le Tchad demeure mal classé dans les indices internationaux de perception de la corruption, une situation qui affecte négativement le climat des affaires et freine les perspectives de développement économique. « Nous attendons avec intérêt les conclusions de cette mission, dans l’espoir qu’elles contribuent à renforcer la confiance des partenaires et à améliorer l’image de notre pays », a-t-il déclaré. Il a rappelé que la lutte contre la corruption figure désormais parmi les priorités majeures de l’État tchadien. Ces dernières années, plusieurs réformes institutionnelles et juridiques ont été engagées, notamment la transformation de la Cour des comptes, auparavant intégrée à la Cour suprême, en une institution indépendante. La création de la Haute Autorité de contrôle et de lutte contre la corruption, dotée d’une autonomie fonctionnelle, s’inscrit également dans cette dynamique de renforcement du cadre de gouvernance.
Sur le plan opérationnel, des bureaux dédiés à la prévention, à la réception des plaintes et des dénonciations ont été mis en place, accompagnés d’un numéro vert gratuit accessible à l’ensemble des citoyens. Pour Ousmane Abderamane Djougourou, la corruption demeure un fléau qui entrave le développement non seulement du Tchad, mais de l’ensemble du continent africain, d’où la nécessité d’une mobilisation collective.
Une démarche volontaire saluée à l’échelle africaine
Prenant la parole au nom d’une équipe de cinq experts de haut niveau issus de plusieurs États membres, le président du Conseil consultatif de l’Union africaine contre la corruption, Senanu Kwami Edem, a salué la décision du Tchad de se soumettre volontairement à cette évaluation. Une démarche encore peu répandue sur le continent car à ce jour, « seuls douze pays sur les cinquante-cinq États membres de l’Union africaine ont accepté de participer à cet exercice ». Selon Senanu Kwami Edem, cette volonté traduit un engagement politique significatif face à un phénomène aux conséquences économiques et sociales considérables. Le Conseil, organe officiel de l’Union africaine, accompagne les États membres à travers des évaluations nationales destinées à analyser les dispositifs existants et à formuler des recommandations adaptées aux réalités de chaque pays.
Les experts ont également félicité les autorités tchadiennes pour la transmission d’un rapport d’auto-évaluation, qui fera l’objet d’une mission de validation sur le terrain. Cette phase prévoit des consultations avec les principales institutions de l’État, les parties prenantes et les acteurs concernés, afin de vérifier les données, les statistiques et les informations communiquées. Évoquant l’ampleur du phénomène, Senanu Kwami Edem a rappelé que, selon des estimations de la Fondation Mo Ibrahim, la corruption coûte chaque année au continent africain entre 100 et 125 milliards de dollars, soit jusqu’à 25 % du produit intérieur brut africain. Une situation qualifiée de « catastrophique », qui prive les populations de services essentiels tels que l’éducation, la santé, l’accès à l’eau potable et des moyens de subsistance durables.
La mission d’évaluation devra aboutir à un rapport final, destiné à renforcer les stratégies nationales déjà engagées par les autorités tchadiennes. Le Conseil consultatif a, par ailleurs, insisté sur la nécessité de promouvoir des valeurs fondamentales telles que l’intégrité, l’honnêteté, la discipline et le respect, considérées comme des piliers indispensables pour endiguer durablement la corruption et favoriser un développement inclusif et durable sur le continent africain.
Sikngaye Tamaltan Inès











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