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Tout numérique: Une forte volonté politique et un engagement des autorités sont attendus

Le Tout numérique recèle beaucoup d’avantages à cette ère marquée par des mutations tous azimuts des Technologies numériques. Au Tchad, le concept n’est pas bien compris par tous les citoyens. Pire encore, le pays accuse un grand retard dans la mise en place des structures et ressources pour son démarrage. Ces préoccupations sont abordées de fond en comble par le coordonnateur du Passage de l’Audiovisuel analogique au Tout numérique, Hamid Khayar Oumar Defallah.

L’Info : Quand on parle du tout numérique, à quoi fait-on allusion ?

Coordonnateur Hamid Khayar Oumar Defallah : Le tout numérique, également appelé la transformation numérique, désigne la transition des activités humaines vers des processus et des technologies numériques. Cela implique l’utilisation de technologies numériques pour améliorer l’efficacité et l’efficience d’une entreprise, une organisation ou un pays. Mais, dans notre contexte le terme « Tout Numérique » est utilisé pour désigner la transition vers la télévision numérique terrestre (TNT). La transition vers la télévision numérique est le processus par lequel une région ou un pays procède à l’interruption de la diffusion de la télévision analogique pour la remplacer par la télévision numérique. Cet arrêt de la diffusion des chaînes analogiques libère des fréquences dites en or qui peuvent servir à tous, à la télévision numérique mais aussi aux télécommunications, à l’aménagement du territoire, à la cohésion sociale, aux services publics et privés de manière générale et par ricochet au développement économique en générant des ressources au finances publiques. En fait, c’est l’occasion de développer des contenus nationaux pertinents et de transformer l’écosystème audiovisuel du pays pour en faire un outil de modernisation et de développement socio-économique.

Quelle est la différence entre le Tout numérique et les Technologies de l’information et de la Communication (TIC) ?

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) représentent un sous-ensemble des technologies numériques utilisées pour la communication et le traitement de l’information. Le tout numérique, quant à lui, englobe l’utilisation de l’ensemble des technologies numériques dans tous les aspects de la vie quotidienne.

Comment s’opère cette transition jugée essentielle sinon cruciale pour tout pays ?

L’essor de la téléphonie mobile et celui d’Internet sont le résultat de cette évolution vers le numérique qui permet une mobilité des individus dans un monde connecté. Elle est un consensus international entre les pays du monde sous l’égide de l’Union Internationale des Télécommunications autour d’une nouvelle organisation de la programmation, de la transmission, de la diffusion et de la production audiovisuelle. Le processus de transition commence généralement par l’allouage de nouvelles fréquences radioélectriques pour les signaux numériques, ainsi que l’installation d’une infrastructure numérique pouvant supporter des signaux numériques, élaboration d’un cadre réglementaire et politique qui soutiendra l’innovation et l’économie numérique en conformité avec l’Union Internationale des Télécommunications. Et enfin communiquer pour son appropriation par la population. Au Tchad, la transition vers le numérique est enclenchée avec l’installation effective du centre de multiplexage ou cœur du réseau dans l’enceinte de l’ONAMA, le déploiement des équipements numériques sur les différents sites à travers le pays suit son cours. De même, la livraison à l’ONAMA de trois cars : un car OBVAN équipé de 10 cameras, un car de reportage radio et un car énergie de 100 Kva, tous mobiles avec une capacité de faire du direct de n’importe où. En effet, cela participe du renforcement des capacités de cette institution pour faire face au défi de la transition numérique qui s’opère progressivement.

Quels sont les préalables pour une bonne exploitation du tout numérique au Tchad ?

La transition numérique préfigure une profonde mutation de l’écosystème audiovisuel avec à la clé une réorganisation des acteurs de la communication audiovisuelle et la création de nouveaux acteurs majeurs jusque là inexistants sur le marché. Elle implique une mise à niveau du cadre législatif et règlementaire afin de l’adapter aux nouvelles exigences technologiques. Celle-ci est un préalable à la réussite de la transition numérique donc une bonne exploitation de la TNT.

Après plusieurs années, le processus n’est pas encore à son terme, quelles sont les causes de ce retard ?

Depuis 2015, le pays s’est engagé résolument pour achever la transition numérique à la date du 17 juin 2020 comme recommandée par l’Union Internationale de Télécommunications. Mais la complexité du processus jointe à un coût élevé de financement a retardé ce passage. Les causes du retard sont donc d’ordre financier et technique. Financier, parce que la crise financière et la crise sanitaire due à la pandémie de la covid19 a négativement impacté le projet. Sur le plan technique, des difficultés liées aux prérequis qui ne sont pas pris en compte dans le contrat actuel, cela constitue un des obstacles majeurs à la mise en œuvre du projet. Il faut ajouter à cela la suppression de la subvention allouée à la Coordination Générale chargée de la mise en œuvre opérationnelle du projet. Celle-ci ne dispose pas encore des moyens de sa mission.

Parlez-nous des compétences requises et disponibles pour cette transition numérique et pour son entretien continu.

Le monde de la télévision numérique est en pleine mutation technologique. De ce point de vue, il serait malhabile de faire l’impasse sur la formation. C’est pourquoi, des modules de formation sont prévus à chaque étape du processus. C’est dire que des dispositions sont prises pour pourvoir des compétences nécessaires pour assurer une bonne transition numérique.

A combien pouvez-vous évaluer le coût des précédentes phases du projet et quelles sont ressources qu’il vous faut pour la suite de ce grand projet ?

L’État a injecté beaucoup de moyens mais pas suffisants pour passer au tout numérique et le Tchad est très en retard par rapport aux autres pays africains. Il nous faut des ressources financières additionnelles pour boucler le projet. Car le contrat actuel ne prend pas en compte les travaux de réfection et de construction des locaux pour abriter les nouveaux équipements, l’absence d’un réseau de collectes des chaines TV pour la constitution du bouquet national, l’absence d’un réseau d’acheminement du bouquet vers les stations provinciales, la non prise en compte des kits de réception pour les consommateurs et enfin la communication pour une bonne appropriation de la population.

A quels avantages peuvent s’attendre les utilisateurs tchadiens ?

Pour le consommateur, la transition numérique permet de capter la télévision avec une simple antenne râteau, elle offre une couverture nationale avec meilleure qualité de signal, une vidéo de très bonne définition, une réception sans interférence, un choix plus large de programmes télévisuels à travers des chaines régionales ou locales, et une meilleure prise en compte des problématiques environnementales et sociales avec des chaines thématiques orientées vers l’éducation, la santé, la culture, etc. Des nouveaux services tels que l’Internet simplifié, la vidéo à la demande, un guide électronique. Cela contribue également à la réduction de la fracture numérique en améliorant l’accès à l’information.

De quoi les médias locaux et spécialisés bénéficieront avec le tout numérique ?

Les médias publics et surtout privés ne se soucieront plus de comment leur signal va être acheminé sur tout le Tchad à travers le maillage du territoire national par l’infrastructure que nous allons déployer. Ils bénéficieront d’une meilleure capacité technologique afin de fournir aux téléspectateurs des programmes diversifiés avec un plus grand choix de contenus. La transition offre également un environnement dans lequel d’autres éditeurs de services pourront entrer dans le marché.

Certaines voix estiment que le Tchad n’est pas suffisamment prêt pour le passage au tout numérique en partie à cause de son niveau de développement, que répondez-vous ?

Il est vrai que la transition vers le tout numérique peut être difficile pour les pays qui ont un niveau de développement économique et technologique relativement faible, comme c’est le cas pour le Tchad. Cependant, je pense que cela ne doit pas être une raison pour ne pas entreprendre cette transition. La numérisation est un facteur clé de développement économique et social, car elle permet d’améliorer l’efficacité, la rapidité et la qualité des services publics et privés, tout en réduisant les coûts donc un investissement. La transition de la télévision analogique à la télévision numérique est aussi une responsabilité nationale assortie d’une échéance internationale. Elle s’impose à tous les Etats membres de l’Union Internationale de Télécommunications dont le Tchad qui a ratifié l’Accord de Genève à travers la Loi 45 depuis 2015. Il faut surtout noter que la dernière échéance Internationale pour les pays retardataires était 17 juin 2020, donc soit on rattrape notre retard, soit au reste hors-jeu et bientôt le Tchad plongera dans l’autarcie technologique.

Votre mot de fin

La transition de l’audiovisuel analogique au numérique est un investissement pour un pays car cela permet de moderniser l’industrie de la télévision et de la radiodiffusion. Elle contribue à la création d’une société de l’information plus avancée en facilitant l’accès à l’information et en encourageant l’alphabétisation numérique. Cependant, sans une volonté politique forte et un engagement ferme de la part des Hautes autorités, je crois que nous ne pourrons pas atteindre nos objectifs. Enfin je remercie l’ATPE pour son interview.

Interview réalisée par Florent Baïpou

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