Grande Interview : « Une année exceptionnelle pour les Forces de défense et de sécurité du Tchad », Ministre des Armées

Dans le cadre de la réalisation du bilan 2021-2022, le journal l’Info de l’Agence Tchadienne de Presse et d’Edition (ATPE), s’est entretenu avec le ministre des Armées, des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre, Gal Daoud Yaya Brahim. Plusieurs sujets sont abordés à cette occasion notamment les réalisations mises en œuvre par le département au cours de l’année écoulée, la crise de confiance entre civile et militaire, la lutte contre le terrorisme.

L’Info : Quel est le bilan de la gestion de l’année 2022 du département que vous dirigez au cours de l’année 2022 ?

Ministre des Armées : L’année 2022 est une année exceptionnelle pour les Forces de défense et de sécurité du Tchad. Des réalisations historiques ont eu lieu pendant cette année. Il y a d’abord l’effectivité de l’augmentation du salaire des militaires Tchadiens. Cette amélioration du traitement longtemps attendue a rendu beaucoup plus meilleure la vie des soldats Tchadiens et de leurs familles. Ensuite avec l’adoption de l’ordonnance n°002 portant statut des militaires au Tchad, l’Etat a créé des organes spécifiques pour accompagner les militaires pendant leur carrière et après leur retraite. Aussi, il y a la création d’un ministère délégué aux armées. Ce nouveau département est dédié uniquement aux affaires des anciens combattants et victimes de guerre. Tout cela traduit la volonté manifeste des autorités de la transition à faire du soldat Tchadien, une référence. Sans oublier la création des nouvelles zones et le renforcement des Zones Militaires de  Défenses pour être plus près de nos populations, afin d’assurer leur sécurité et celle de leurs biens. Notre armée a acquis beaucoup d’expérience et des matériels adéquats pendant l’année 2022. Ce qui nous a permis de sécuriser la totalité de notre territoire, de lutter efficacement contre le terrorisme, de prévenir et de gérer les conflits intercommunautaires, ainsi que les menaces de troubles intérieurs qui ont failli basculer notre pays à nouveau dans une guerre civile. Ainsi je me permets de dire que le bilan de l’année 2022 est positif et riche en réalisation.

L’an 2023 s’annonce, quels sont les objectifs fixés pour l’armée ?

Notre objectif reste le même. Nos Forces armées œuvreront jours et nuits avec détermination pour remplir leur mission. Celle de sécuriser le pays et ses institutions, la population et ses biens tout en restant auprès de notre peuple et à son service.

Après la suppression du Conseil militaire de transition(CMT) qui avait pris les rênes du pouvoir après le décès du Maréchal du Tchad, Idriss Deby Itno et qui a dirigé la première phase de la transition, quel rôle l’armée compte-t-elle jouer pour accompagner la seconde phase de la transition ?   

L’armée compte jouer le même rôle que celui qu’elle a déjà joué pendant la première phase de la transition. Une armée beaucoup plus civilisée au service de la population. Puisque la transition est politique, elle n’est pas militaire.

Pourquoi assiste-t-on à la résurgence des actes terroristes ces derniers temps dans la province du lac ? L’armée a-t-elle baissée la garde ? Quelles sont les raisons ?

Vous savez, la guerre que nous impose le terrorisme aujourd’hui est une guerre asymétrique, loin de tout ce qui est conventionnel. Mais, nos forces de défense et de sécurité se sont nettement adaptées à la situation. Si vous observez la même situation dans les pays voisins et les autres pays qui subissent le même problème dans le monde, vous vous rendrez compte que notre armée est de loin la plus efficace.

Des informations circulent faisant état du rapatriement de 1400 soldats Tchadiens déployés au Mali dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Quelles sont les raisons qui sous-tendent ce rapatriement ?

Nous déployons et redéployons nos forces selon les besoins de notre sécurité qui passe avant tout. Mais nous ne pouvons pas nous soustraire de nos engagements envers nos partenaires.

Pourquoi cette réorganisation? Permettra-t-elle à l’armée, creuset de l’unité nationale, d’être véritablement républicaine ? Y a-t-ils des problèmes ? Lesquels ?

Nous avons réorganisé notre armée pour la rendre plus moderne et plus efficace sur le terrain. Les reformes que nous avions apporté à l’armée sont vitales pour le soldat Tchadien qui, grâce à ces réformes, obtient plus de droits et de chance. Ce projet tient à cœur les hautes autorités de la transition en l’occurrence le président de transition, le Général Mahamat Idriss Deby Itno, qui est par ailleurs le chef suprême des armées et qui connait l’armée mieux que quiconque.

L’armée est un cadre de cohésion entre les fils et les filles d’un même pays. Ce sont des frères d’arme qui se comprennent et œuvre ensemble pour la défense de la patrie. Notre armée a toujours été républicaine et unie et personne ne dira le contraire.

Le rapport population-militaire est marqué au Tchad par une crise de confiance visible. Hier le civil se sentait en sécurité en présence d’un homme en treillis, aujourd’hui c’est le contraire. Que faire pour remédier cette crise ?

L’Etat vient de mettre en place la justice militaire, une première au Tchad juste pour discipliner le soldat Tchadien et le rendre plus proche de la population.

N’est-il pas possible d’instaurer le cours de civisme dans le programme de formation des militaires afin d’amener ceux-ci à respecter les droits humains dans leurs différentes missions sur le terrain ?

L’éducation civique fait partie intégrante de toute formation militaire pour ne pas dire qu’il est l’enseignement dominant. Mais n’empêche que nous œuvrions davantage pour inculquer à nos soldats les valeurs morales et sociétales les plus nobles et humaines. Car, en principe tous les citoyens doivent apprendre le civisme. C’est essentiel dans un pays de droit.

Le Génie Militaire a abattu un travail remarquable cette année à l’occasion des inondations que la ville de N’Djaména a connues. Le fait que le génie a assisté la population en la déplaçant des lieux inondés vers des endroits secs, a un peu dissipé cette méfiance de la population vis-à-vis de son armée censée la protéger. Quelles sont en temps normal les champs d’action du génie militaire ?

D’abord , comprenez que le génie militaire est une institution technique de l’Armée Nationale Tchadienne qui agit au profit de toutes les autres composantes des Forces de Défense et de Sécurité, contribuer au développement socio-économique du pays et en même temps agir dans le cadre de la gestion des catastrophes naturelles comme c’était le cas cette année avec la gestion de la crise des inondations.

Comme tel, en temps normal, il apporte un appui à la mobilité et contre mobilité des unités à travers les opérations de déminage, réalisation des obstacles et la construction des ouvrages de franchissement.

Il est le service constructeur des Armées, responsable de la conduite et de la maitrise d’œuvre de toutes les opérations ou projets d’infrastructures militaires pour le compte du maitre d’ouvrage, c’est à dire l’Etat représenté par le ministère en charge des Armées.

Le génie intervient également dans le domaine agricole et de la sécurité incendie ainsi que dans le cadre des actions civilo-militaires de gestion de catastrophes naturelles.

Dressez nous le bilan des actions du Génie Militaire pour le compte de l’année 2021-2022 dans le domaine de l’agriculture et de l’aménagement des infrastructures routières au Tchad

Pour la campagne agricole 2021-2022, le génie militaire a cultivé 800 hectares dans trois zones ci-dessous :

  • La zone du Lac /Bol ;
  • La zone du Hadjer Lamis / département de Dababa
  • La zone du Mayo-Kebbi Est

Les inondations de cette année ont englouti complètement les périmètres de champs du riz cultivé à Bongor.

La zone du lac était également touchée mais grâce aux efforts fournis, certains endroits n’ont pas été engloutis. Dans cette zone bien que le génie n’a pas encore fini les récoltes, il y a espoir de réaliser un bon rendement.

Pour résumer le bilan du Génie Militaire, il faut relever que sur les 800 hectares cultivés, il était attendu une production de 8000 tonnes mais compte tenu de la catastrophe due aux inondations, les pertes sont estimées à 6500 tonnes.

Il faut aussi souligner que 500 hectares ont été labourés gratuitement avec les tracteurs du Génie Militaire, en termes d’assistance aux populations locales dans les zones d’intervention.

S’agissant des infrastructures routières, le génie militaire n’a pas exécuté des travaux. Néanmoins quelques ouvrages de franchissement et de fortification ont été réalisés au lac d’une part pour désenclaver les secteurs opérationnels ou sont implantés nos Forces de défense et de sécurité et d’autre part pour sécuriser davantage leur position.

Interview réalisée par Serge Nekoulko Nadjingar

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