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Ph/Abdallah Youwa

« L’ATPE devrait jouer ce rôle d’éditer un journal professionnel », Saleh Kebzabo

L’Agence tchadienne de presse et d’édition célèbre le 11ème anniversaire de L’Info ce 3 Octobre 2022 toujours dans un contexte peu reluisant depuis 2012, date à laquelle elle a eu son décret d’application signé par feu le Maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno. Mais force est de constater que cette autonomie tarde à se réaliser afin de lui permettre de jouer véritablement son rôle de pourvoyeuse d’information. Les opinions et suggestions de l’un de ses premiers directeur Saleh Kebzabo, dans cet entretien.

L’Info : En tant qu’ancien directeur, dites-nous quelles sont les motivations à l’origine de la création de l’Agence Tchadienne de Presse en 1966 ?

Saleh Kebzabo : J’ai connu l’Agence Tchadienne de Presse (ATPE) en 1968. Pour vous situer dans le contexte historique de l’époque, il y a eu donc une série de ce que je peux appeler la nationalisation ou la reprise des journaux et autres organismes de presse de l’époque par les Etats nouvellement indépendants. C’est le cas du journal le Pays à Dakar et Fraternité Matin à Abidjan. Tous les journaux qui existaient sont dirigés par les Français et ont été repris par nos Etats africains,  y compris le Cameroun,  le Gabon et le Congo. Dans tous ces pays , il y avait des structures de presse.  Et, comme vous savez, il n’y a jamais eu des journaux au Tchad. Il y avait que l’AFP qui était au Tchad et représentée par un journaliste français, avait donc comme héritage ce qu’on appelait à l’époque le BQ, c’est-à-dire le bulletin quotidien. C’est ce bulletin quotidien de 10 pages qui était édité tous les jours par l’équipe de l’AFP.

Qu’est ce qu’on a apporté comme innovation ? On a quand même essayé de se comporter comme une agence de presse. Sa vocation première, c’est de rechercher, récolter et publier les informations, exactes, fiables et fondées. C’est cela le rôle d’une agence de presse. On a fait cet exercice avec le bulletin quotidien, nous nous sommes rendu compte quand même qu’on pouvait tenter de faire autre chose. C’est comme ça qu’on a essayé de fonctionner comme une agence de presse en ayant un service de télécommunication pour envoyer les dépêches qui tombaient chez certains abonnés comme la présidence de la République du Tchad, le ministère de la Communication, le ministère des Affaires étrangères, l’ambassade de France, l’ambassade de Russie et quelques autres abonnés aux nouveaux telex. C’est, par télétype qu’on envoyait ces informations à des heures précises. On faisait des vacations, c’est pour cela qu’il nous fallait à l’agence un véritable service technique qui était à l’époque animé par quelqu’un qui est sorti d’une école de télécommunication de Sarh.  On faisait cet exercice avec plus ou moins de réussite. Mais en fait, avec plus de réussite, parce que nous étions abonnés à l’AFP, à l’Agence Reuters, à l’Agence UPA et à l’Agence EPI CITACE Soviétique.

C’est la compilation sur le plan international de ces cinq agences qui nous permettait d’avoir les informations et les reprendre à notre compte afin de les renvoyer à nos abonnés sous forme d’information en continu tout en maintenant le bulletin quotidien. On a quand même fait une petite incursion en 1970-1971 à l’occasion de la visite au Tchad du président Mobutu, on a fait une série de quelques journaux imprimés à l’Imprimerie nationale. Je peux vous dire que cela nous valut des jours et des nuits interminables de travail. Parce que l’équipe qui travaillait entre temps n’était pas outillée pour cela, elle n’avait pas assez de personnel ni de qualifications. Mais, comme on avait pris l’engagement de faire un journal spécial à l’occasion de la visite officielle du président Mobutu. Mais là où on a glissé un peu par rapport à un bulletin d’agence proprement dite, c’est qu’on avait quand même de page éditoriale dans chaque numéro et des billets qui faisaient des incursions par ci par là en politique et autres pour donner quand même notre ligne éditoriale et des commentaires sur l’actualité.

De l’ATP à l’ATPE, comment appréciez-vous le contenu du journal l’Info Tchad à l’époque et L’Info aujourd’hui ?

Vous me posez une question un peu difficile à laquelle je vais vous répondre en disant que ce qu’on appelle l’ATP que je vois de loin était un de nos projets avec Pierre Ousman Toidé qui était, l’ancêtre de nos journalistes. Un autodidacte qui a fini par devenir un avocat après la guerre de 1979. C’est sous sa direction qu’il m’a sollicité depuis la France de revenir au Tchad et de piloter cette nouvelle aventure et j’ai décliné l’offre. Voilà comment on va vous retrouver 20 ans ou 30 ans après avec l’ATPE qui fait partie des vieux projets depuis 1970.

Pensez-vous que l’ATPE assure sa mission ?

Je ne le sais pas. Par ce que, je vois un journal dont je ne connais pas bien la périodicité. Et je ne sais pas quelles sont les conditions de travail, quel est le programme assigné au journal, y a-t-il un volet publicité, édition et tout ? J’ignore totalement cela et je ne peux pas m’aventurer dans une considération quelconque.

Pour améliorer ses prestations, que proposeriez-vous ?

Pour avoir des propositions, il faut connaitre l’entreprise. Il faut la connaitre de l’intérieur et en profondeur, c’est ce qui n’est pas le cas. J’avoue que je lis rarement même le journal. J’ai entendu dire qu’il y a une imprimerie dont le matériel est là depuis plusieurs années et qui n’a jamais été sorti de son carton. Mais ce qui est certain, il manque un véritable journal quotidien au Tchad. Et je crois que, c’est l’ATPE qui devrait jouer ce rôle  d’éditer  un journal quotidien professionnel avec des journalistes professionnels et il y en a chez vous,  en plus de l’espace, il y a de la place. Parce que nous constatons que c’est le quotidien le Progrès qui joue ce rôle, c’est vrai, mais ce n’est pas suffisant. Il y a de la place pour un, deux ou plusieurs journaux quotidiens comme au Burkina. Dans ce pays, il y a au moins quatre cent (400) journaux quotidiens qui éditent des journaux qui font 36 à 40 pages pas format tabloïdes, mais plus grand encore tous les jours. Il n’y a pas de raison que, l’ATPE ne puisse pas faire ce même travail. Il faudrait que le gouvernement vous donne les moyens nécessaires pour le faire. D’ailleurs l’ATPE ne joue pas vraiment le rôle d’une agence de presse.

Interview réalisée par, Banbé Mbayam Christian

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