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Sécurité alimentaire : Prendre le taureau par les cornes

Le Tchad regorge d’énormes potentialités pouvant améliorer son système de sécurité alimentaire. Mais force est de constater qu’il est confronté à des contraintes majeures rendant difficiles la situation de sécurité alimentaire et nutritionnelle. A titre illustratif, l’état d’urgence alimentaire est déclaré par les autorités du pays après la dernière campagne agricole.

L’indépendance politique sans sécurité alimentaire pour la population constitue un mal profond. Selon les spécialistes, la sécurité alimentaire renvoie à une situation qui garantit à tout moment à une population, l’accès à une nourriture à la fois sur le plan qualitatif et quantitatif. Lequel accès est suffisant pour assurer une vie saine et active compte tenu des habitudes alimentaires. Après plus de 60 ans d’indépendance, manger trois fois par jour et surtout bien manger relèvent d’un miracle pour la plupart des citoyens. Se nourrir, c’est manger les aliments qui fournissent l’essentiel des nutriments dont l’organisme en a besoin et au bon moment. Selon les projections de l’Institut national de la statistique,  des études économiques et démographiques (INSEED), la population tchadienne est de 17.4147.17 habitants en 2022, 39 millions d’hectares cultivables soit 30 % du territoire avec 435000 ha facilement irrigables d’hectares, des terres arables à perte de vue, des polders dans le lac Tchad, les casiers A et B de Bongor, des milliers de bras valides jeunes et des mains expertes disponibles et  84 millions de pâturages naturels qui alimentent un cheptel de plus de 114 millions de têtes de bétail toutes espèces confondues, etc… mais le pays n’est pas sorti encore de l’auberge.

Les contraintes naturelles et humaines

D’après les témoignages des anciens, au début des indépendances, la population était peu nombreuse et avec les moyens rudimentaires, les productions permettaient de satisfaire leurs besoins. Malheureusement, ce n’était que pour une courte durée. Tout a commencé à mal tourner en 1974 où la sècheresse a été déclarée dans le nord pour embraser progressivement tout le territoire national. Les poches de famine se multiplient. Jusqu’en 1978, les capacités de production agricole ont régressé. Car ce phénomène naturel a affecté les hommes, les animaux et la terre. Les quantités d’eau pendant les hivernages avaient diminué au sud de manière subite. De 2000 mm, les hauteurs de pluies sont tombées moins de 800 mm, le Lac Tchad a connu un assèchement. Sa superficie  très anciennement est de 25 000 Kilomètres carrés s’est réduite comme une peau de chagrin. Les terres habitables étaient devenues hostiles à la vie humaine. Ce qui a perduré jusqu’à nos jours parceque la nature a connu une transformation négative.

Toutes les ressources devraient constituer des facteurs suffisants pour garantir la sécurité alimentaire et surmonter les dépendances qui sont récurrentes au Tchad. Ces dépendances sont entre autres les aléas climatiques et la faible performance des exploitations agricoles entrainent la pauvreté généralisée d’une tranche importante de la population.

La sécurité alimentaire est difficile au Tchad, l’analyse de l’évolution des moyens d’existence montre que 7,9 % et 13,9 % des ménages ont respectivement développé des stratégies  d’urgence et de crise dans l’ensemble des zones analysées.  Les autorités ne sont pas restées les bras croisés, de nombreuses initiatives louables sont engagées cependant avec des résultats mitigés. « Investir dans l’agriculture, c’est investir dans le développement. Car la terre n’a jamais trahi », ce slogan  est resté longtemps à la mode pour exhorter tous les fils et filles du pays à retourner à la terre nourricière. A la base, la démographie galopante accélère également « la loi  de l’offre et de la demande ». A titre d’illustration, le sac de riz qui coutait dans les années 1970 à 3200, se vend aujourd’hui à 60.000 FCFA parceque rien ne s’est amélioré pour compenser le manque. Seuls ceux qui ont des moyens peuvent manger quand et ce qu’ils veulent. Les autres se contentent des bourratifs pour apaiser l’estomac en attendant les lendemains meilleurs. Avec l’arrivée massive des refugiés d’origine soudanaise, camerounaise et centrafricaine, l’importation des aliments et les aides de la communauté internationale s’imposent au Tchad.

Développer des stratégies innovantes

En clair, pour garantir la sécurité alimentaire, le gouvernement doit rendre accessibilité les intrants agricoles notamment les semences certifiées et les engrais minéraux au profit de la population rurale. Il doit aussi valoriser des produits agricoles, réorganiser le secteur agricole par des reformes d’ordre institutionnel, juridique, financier, foncier et structurer des producteurs et lutter contre la dégradation accélérée et continue des ressources productives suite aux perturbations climatiques et à la pression humaine et du bétail. Dans la même trajectoire, l’Etat doit également subventionner les prix des intrants et faire des recherches scientifiques très poussées en agriculture pour atteindre les systèmes alimentaires durables. Car, la sécurité alimentaire ou un système alimentaire comprend plusieurs éléments, à savoir les ressources naturelles, les hommes, les intrants, les processus, les infrastructures, les institutions et les produits, etc. C’est aussi des activités liées à la production, à la transformation, à la distribution, à la préparation et à la consommation des aliments y compris les impacts socio-économiques et environnementaux. Pour tout dire, la sécurité alimentaire peut être un système de conjugaison d’efforts, politique, économique, socioculturel, démographique, technologique et environnemental.

Selon l’expert technique de la FAO, Mamoudou Hassane, les systèmes alimentaires durables sont essentiels pour la sécurité alimentaire et une alimentation saine pour les générations actuelles et futures. Pour faire la transition vers la durabilité, de nombreuses activités du système alimentaire doivent se transformer, et une multitude d’acteurs à travers le monde doivent agir localement. Certains changements sont plus faciles à mettre en place que d’autres, mais savoir comment naviguer à travers ces changements pour promouvoir des modes de consommation et de production durables exige un ensemble de compétences.

Florent Baïpou et Ndomadji Ndodegue

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