Infrastructures routières : les dommages des travaux à main levée

Retardé par son double enclavement naturel, le Tchad s’est lancé dans la construction des routes. Une initiative salutaire et à fort impact économique, cependant le nombre et la qualité de ces réalisations sont sujets à caution. L’année 2022 a révélé au grand jour les failles de ces initiatives.

Le développement passe inéluctablement par la multiplication des infrastructures notamment routières. Si ces trente dernières années, les réalisations ont vu leur nombre augmenter, il est illusoire d’affirmer qu’elles sont durables et suffisantes. De plus, leur état de dégradation est très avancé d’où la pertinente question de leur qualité qui doit préoccuper les pouvoirs publics. Les usagers des routes nationales ont du pain sur la planche. L’axe N’Djaména-Guelendeng par exemple donne du fil à retordre tant aux agences de voyage qu’à leurs clients. Les transporteurs qui acheminent les marchandises vers la capitale par tonnes font des pieds et des mains pour tenir le coup. L’impraticabilité de cette route pousse les citoyens à se demander si le Tchad est vraiment un pays pétrolier. Et si les autorités se rendent compte de son importance et son apport dans le circuit économique. Il en est de même pour l’axe Bokoro-Mongo qui dessert une immense partie du pays. Les populations se plaignent, mais rien n’a changé.

Dans un monde où le temps est si précieux, les routes doivent permettre de voyager rapidement. Or quand il y a çà et là, des nids de poule, des crevasses, des parties entières de route détruites, voyager ressemble à un chemin de croix. Les usagers font face aux flaques d’eau, aux risques de glissade et d’accidents. Dans ces conditions, les véhicules roulent lentement. Les secousses font bondir les voyageurs dans tous les sens. Il faut 4 à 5 heures rien que pour arriver à Guelendeng qui fait 155 km ; 6 à 7h pour Bongor distant de 240 km; 8 à 10 h pour Moundou à 475 km de la capitale. Choses qui dénotent d’un déplacement lent et préjudiciable aux usagers. Pourtant ces tronçons qui sont parmi les plus empruntés sont d’un apport économique considérables. Il n’en était pas ainsi entre 2008-2016. Selon les transporteurs, ces routes dégradées occasionnent des pannes et endommagent les pièces de leurs engins. Sans oublier la surconsommation de carburant. Dans leur stratégie, transporteurs et commerçants augmentent soit le tarif du transport, soit celui des marchandises pour tirer leur épingle du jeu. Dans les campagnes, l’absence des routes bitumées et leur impraticabilité retardent le développement. Car l’écoulement des produits locaux sur les grands marchés et l’accès à ces localités sont quasi impossibles ou très onéreuses.

Bien construire

Dans la capitale, certaines avenues construites à coût de milliards de francs CFA font la honte de la cité vitrine de l’Afrique centrale surtout après les grosses pluies. Englouties, les avenues Kondol Béaloum, Monseigneur Mathias Ngarteri entre autres, se transforment en des marres. Il faut patauger pour rejoindre le centre-ville. Le système de canalisation qui n’existe que par endroit, laisse à désirer, surtout dans les quartiers périphériques, quand il y en a. Les embouteillages monstres aux heures de pointe dans les quartiers Est et Sud où la démographie galope, n’est pas sans conséquences. Les ponts à double voies et de Chagoua bien qu’utiles, sont limités. Celui à quatre voies sur le Chari en cours de construction apportera peut-être un ouf de soulagement, après son inauguration.

Tout n’est pas sombre, le projet de budget de l’année 2023 annonce un plan alléchant, qui s’il prend corps, apportera des réponses durables à ce secteur vital. Il est prévu la construction des routes et des ponts. Toutefois, vu les financements accordés, la plupart de ces infrastructures doivent durer et être de qualité. Sinon à quoi sert d’investir beaucoup pour si peu ? Que les équipes de supervision soient libres et plus exigeantes dans le contrôle des chantiers.

Florent Baïpou

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