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« Le vivre ensemble passe également par la propagation des informations fiables », Hadjé Bintou Kachallah Kasser, DG de l’ATPE

Dans le cadre des manifestations de la Semaine nationale de la femme tchadienne, édition 2023, le journal L’Info édite un numéro consacré aux activités des femmes. C’est dans ce sillage que nous avons tendu notre micro à la Directrice Générale de l’Agence Tchadienne de Presse et d’Edition Hadjé Bintou Kachallah Kasser.

Avant de répondre aux questions, je souhaite d’abord une joyeuse fête à toutes les femmes et particulièrement à mes consœurs de l’Agence tchadienne de presse et d’édition (ATPE). La Semaine nationale de la femme tchadienne (SENAFET) est un moment de réflexion et d’analyse sur la participation de la femme au développement. Elle permet aussi de passer en revue les différents maux qui entravent leur épanouissement tant économique, culturel, social, environnemental et professionnel. Pour l’édition post Dialogue, le thème choisi cette année est « Femme, paix, justice et réconciliation pour un Tchad égalitaire ». Vu l’importance du thème, nous partons du principe que les conflits et les divergences doivent être réglés par des moyens pacifiques notamment la médiation est l’inclusivité. Désormais, les femmes doivent être au cœur des processus de prévention des conflits, de médiation, de réconciliation et de rétablissement de la paix.

Au sortir du Dialogue National Inclusif et Souverain (DNIS), les plus hautes autorités ont opté pour la refondation du pays, qui doit absolument passer par le vivre ensemble. Quel est votre avis sur ce sujet ?

La refondation du Tchad doit absolument passer par le vivre ensemble et la cohabitation pacifique pour un Tchad nouveau, un Tchad unique, un et indivisible. Ce vivre ensemble fondé sur la recherche du bien commun repose fondamentalement sur une certaine conception de la notion d’identité. Pour cette raison, survivre et contribuer au vivre ensemble, implique pour les différentes sensibilités culturelles, de faire preuve de créativité et de tolérance.

Le dialogue appelle au dépassement de l’appartenance religieuse, ethnique et raciale pour cultiver des valeurs humaines que sont la compréhension mutuelle, la cohabitation pacifique et la solidarité agissante entre les Hommes, nonobstant leurs différences culturelles et religieuses.  Le Tchad, un pays de culture, aux croyances diverses, s’est jusqu’ici distingué par son modèle de coexistence pacifique entre les différentes communautés et confessions religieuses. Il faut que les Tchadiens renforcent la cohésion sociale par l’éducation à la culture de la paix et de la citoyenneté. Pour ce faire, les Tchadiennes et Tchadiens doivent se mobiliser, s’exprimer, participer et s’engager dans des actions concrètes au service de la diversité, la paix, la liberté et du vivre ensemble.

Comme pistes de solutions, l’Etat doit être le garant de la cohésion sociale dont la condition sine qua none est la bonne gouvernance. La gestion et la résolution pacifique des conflits visent à renforcer la cohésion sociale par l’éducation à la culture de la paix et au civisme. Le rôle des pouvoirs publics et des gouverneurs est justement d’aider à une prise de conscience sur l’importance de la nécessité de ces équilibres. L’une des voies royales consiste à favoriser l’expression de cette diversité adossée à la construction d’un espace d’égalité.

Tout se passe comme si les Tchadiens trichent avec le vivre ensemble, que faut-il faire pour un vivre ensemble sincère ?

Le quotidien des Tchadiens notamment dans les villes et les différentes provinces offre des exemples concordants d’une volonté de vivre ensemble. Oui, il nous faut, partout dans nos villes, villages et féricks, dans nos quartiers et hameaux, promouvoir et enraciner définitivement par nos paroles et surtout nos actes concrets, ces valeurs cardinales que sont la paix, le dialogue constant et le rassemblement fraternel sur les enjeux plus essentiels. Nous devons nous engager tous à préserver et consolider ce qui nous unit, malgré les divergences qui peuvent survenir. Notre pays a toutes les ressources, tous les talents pour demeurer ce havre de paix et de prospérité. Le Tchad nouveau doit se forger en prenant en compte toutes les aspirations des différentes couches dont le pays a besoin pour instaurer ce type de dialogue multi acteur. A chaque observation, les recommandations claires ont été faites pour la refondation de l’Etat, et une transition réussie. La paix, la réconciliation nationale, la forme de l’Etat, la future constitution, les réformes institutionnelles et le processus électoral qui s’en suivra, les droits et libertés fondamentales, les politiques publiques sectorielles sont les thèmes débattus lors du Dialogue National Inclusif et Souverain tenu d’août à octobre 2022. Ses recommandations nous permettent de mettre en place une nouvelle constitution et un nouveau calendrier.

En tant que femme journaliste, comment contribuez-vous au vivre ensemble au Tchad ?

Nous journalistes, sommes les piliers du vivre ensemble à travers une prise de conscience des professionnels de l’information et de la communication, de ce concept qui concourt au renforcement des acquis de paix et d’unité nationale, socle du vivre ensemble. Les médias ayant le rôle important dans la diffusion des informations, contribuent fondamentalement à forger les opinions et devraient être les principaux maillons de la fondation de l’unité, pour barrer la route au discours de haine, d’incitation à la violence et au tribalisme pour encourager la population dans un engagement pour l’intérêt public. Nous avons la noble et délicate mission, au moyen de la fiabilité des informations, d’assurer l’apaisement social.

De par son rôle social, le journaliste est un acteur clé de l’enracinement de la culture démocratique dans une société moderne. Promouvoir des concepts comme le vivre ensemble qui, socialement s’incarne dans les liens pacifiques, l’entente mutuelle, la solidarité… ne peuvent se concevoir sans l’implication des journalistes et de leurs medias. Nous devons contribuer à construire une société démocratique où les compétitions politiques ne doivent, en aucun cas et sous aucun prétexte, remettre en cause les acquis qui nous sont chers comme la paix, le sentiment national et patriotique.

La communication comme un des grands enjeux scientifiques, politiques et socio-culturels de notre ère, les journalistes en tant que faiseurs d’opinions, ont un rôle primordial à jouer. Car les journalistes ne jouent pas non seulement le rôle d’éclaireurs des consciences, mais aussi d’éducateurs. Le vivre ensemble passe également par la propagation des informations fiables, fondées et responsables susceptibles de recoudre le tissu social et non le déchirer davantage. Il s’agit donc de rendre à la presse une crédibilité, aujourd’hui chancelante, pour légitimer le rôle capital qu’elle joue au sein des sociétés modernes et démocratiques.

Au ministère de la Communication et dans ses différents organes, les femmes ont du mal à collaborer, à s’accepter entre elles-mêmes : quel message adressez-vous à ces dernières ?

Tout d’abord, les femmes du ministère de la Communication jouent un rôle essentiel pour surmonter les plus grands défis auxquels nous sommes confrontées, les femmes journalistes, communicatrices, administratrices, animatrices, productrices, etc.  doivent se mettre au-devant de la scène. Il faut qu’on cesse de faire la différence entre nous-mêmes. Il est temps de s’entraider pour valoriser l’ensemble de notre travail. Accordons nous de l’importance. Soyons des combattantes et non des ennemies. D’ailleurs, la République du Tchad accorde une place centrale aux femmes au sein de ses institutions y compris le ministère de la Communication qui est le poumon du gouvernement. J’ai un seul message : j’invite les femmes à une prise de conscience et à se mobiliser, car les défis sont encore nombreux et le chemin à parcourir est bien long pour faire disparaitre les discriminations et briser les stéréotypes. Bonne fête à toutes les femmes de la nation !

Interview réalisée par Modjimadi Djimas Justine

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