Éditorial : Un retard paralysant

Pourquoi l’industrialisation peine à prendre corps au Tchad ? Dans les discours et à travers quelques projets, la lueur née a fait place à des lendemains sombres. Beaucoup de citoyens se demandent pourquoi les usines de fabrication de jus de fruits, la société de textile, les huileries, le Grand moulin, tournent au ralenti, ou sont fermés ? Comme un feu de paille, la plupart des premières pousses sont mortes et avec elles l’espoir de nombreuses familles.

Comme une arête en travers de la gorge, le manque d’électricité en quantité et en qualité fait avorter les élans progressistes. Si l’industrialisation a servi de pivot au développement dans bien des nations émergentes, pourquoi le Tchad ne se met-il pas dans leur sillage? Il est inconcevable que le pays importe presque tout, au regard des immenses ressources et potentialités disponibles. Le coton, les arachides, les sous-produits de l’élevage, le sable, la gomme arabique, les poissons en abondance, et aucune politique pour asseoir des unités de transformation industrielle de manière durable dans le temps et dans l’espace.

Trois grandes retombées au moins peuvent découler de l’industrialisation. D’abord, le pays perd beaucoup en exportant la quasi-totalité de ses matières premières. Quand celles-ci sont transformées sur place, c’est plus bénéfique. La balance entre les importations et exportations s’en trouvera mieux. Dans cette ère où les pauvres deviennent de plus en plus pauvres, il est important de changer d’approche pour permettre une amélioration des conditions de vie des citoyens.

Ensuite, quand les conditions sont réunies, la mise en place des industries génère des emplois. Ce qui peut insuffler une nouvelle dynamique au secteur privé dont la participation est source de devises. Les diplômés ne regarderont pas qu’à la fonction publique. Cette jeunesse désœuvrée trouvera ainsi des débouchés pour s’autonomiser ; une alternative au chômage, à la criminalité et autres. Pour répondre aux besoins du marché, les formations et les filières nécessaires seront intégrées dans les universités et centres de formations pour équiper les jeunes. Ainsi le champ des métiers, des recherches et des innovations s’étendra.

Enfin, lorsque les industries gagnent le marché intérieur et s’étend vers l’extérieur, la richesse s’accumule et permet au pays de dépendre de moins en moins des aides extérieures. D’où l’acquisition de son indépendance économique nécessaire à une véritable indépendance politique. Il n’y a pas de rasfistolage ni de raccourci sur le chemin du progrès. Les autorités politiques doivent prendre des décisions sérieuses pour que les normes soient respectées. Quel que soit son philanthropisme, aucun homme d’affaires n’investit à perte. On ne peut pas continuer à regarder sans agir sur les mentalités qui annihilent les efforts de développement.

Aucune raison ne peut justifier la misère des Tchadiens. Les maux sont connus. Les alternatives aussi. Le pays appartient à ses filles et ses fils, il leur revient de le construire par des initiatives d’intérêt général. Personne ne viendra le faire à leur place. Les décideurs doivent remettre les choses à plat pour relancer la machine économique. Les impôts et tracasseries douanières, bref le climat des affaires, demande à être assainie de fond en comble.

La Rédaction

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