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Sur les bancs de l’école : Plusieurs filles abandonnent (Dossier 2/3)

Nombreuses sont les filles pour qui les parents consentent d’importants efforts pour instruire. Mais à peine avoir franchi le cap du cours moyen, leur nombre décline. Et ce jusqu’au supérieur. Pourtant, certaines n’ont pas un piètre niveau intellectuel.

Charité, est une serveuse dans un restaurant de la place, depuis quelques années. Fille-mère, elle a la charge de deux enfants qu’elle se démène pour entretenir et éduquer. Ayant quitté les bancs de l’école, elle s’investit corps et âme pour la réussite de ses enfants. Pour elle, son décrochage scolaire est lié à l’attitude de ses tantes : « J’ai abandonné l’école étant au village. Dès que je reviens des cours, mes tantes m’accusent d’être chez un tel ou tel. Ne pouvant plus supporter ces nombreuses accusations, j’ai cessé tout y compris les cours » confie-t-elle avec regret. C’est ainsi qu’elle a eu son premier enfant à 17 ans. Difficile par la suite de reprendre le chemin de l’école. Par faute de moyens et de temps suffisants pour s’occuper de l’enfant et de ses études.

Sur ces raisons évoquées, dame Naomie Tété l’a rejoint : « la cause de la déscolarisation des filles est due au manque de moyens financiers et d’encadrement ; quand une mère n’a pas de moyens ni de soutien de son mari, elle finira par abandonner. Il faut du temps pour prendre soin d’un enfant. Mais c’est beaucoup plus la mère qui s’occupe de l’enfant or les cours ont besoin de réflexion et de stabilité ». La physiologie, très accentuée chez les filles d’aujourd’hui les exposent parfois à des situations complexes. Une fille d’à peine 12 ans peut présenter une morphologie et des contours physiques très poussés. Par suivisme et naïveté, il arrive qu’elle tombe enceinte du jour au lendemain.

A côté des grossesses précoces et inattendues, les pesanteurs socioculturelles favorisant les mariages forcés font des ravages dans une bonne partie du pays. Pour les tenants des valeurs traditionnelles et les intégristes religieux, la place de la fille n’est pas à l’école. D’où les expressions comme Maraa bess ! Maara Sakit ! (qui signifie ce n’est qu’une simple femme). Les parents trouvent anormal qu’une fille en capacité de procréer ne soit pas encore dans un foyer. Cette décision se justifie par leur volonté de soustraire leurs progénitures de la vie de débauche. Mais aussi une manière de se décharger des lourdes responsabilités qui les incombent. Malgré l’évolution des mentalités et où le monde est devenu un village planétaire, certains ne pensent pas que leurs enfants sont des citoyens du monde. Ainsi arguent-ils : « nous allons donner nos filles à qui nous voulons et à l’âge qui nous convient. L’Etat était-il là quand nous avons doté leur mère ou pour s’occuper d’elles ? ». Un raisonnement tenu dans les milieux hostiles à l’instruction des filles tant promue par l’Etat. Ce dernier a interdit le mariage des mineures par l’ordonnance n° 006/PR/ 2015 et fixé l’âge minimum à 18 ans.

À propos de Henry Badoum

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