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Géopolitique mondiale : Le Tchad, un partenaire stratégique mais à quel prix ?

Le Tchad accède à l’indépendance le 11 août 1960. 20ᵉ pays au monde en termes de superficie (1 284 000 km2), et le 5ᵉ au plan africain. Il se singularise par son positionnement géographique. Depuis quelques années, le Tchad est devenu un partenaire stratégique pour l’Occident, le Moyen-Orient, l’Asie dans la lutte contre le terrorisme. Soixante-trois ans après son indépendance, le Tchad profite-t-il de sa position stratégique ? Quelles sont les retombées pour les Tchadiens ?

Selon Dr Yamingué Bétinbaye, analyste politique, le Tchad est un pays charnière comme on le sait entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Ce qui fait encore sa particularité est le fait qu’il est traversé par trois zones bioclimatiques différentes : la zone saharienne au nord, la zone sahélienne au centre et la zone soudanienne au sud. Un pays totalement différent et également cosmopolite. Il s’inscrit véritablement que ce soit du point de vue démographique ou culturel comme un véritable carrefour avec des populations de type arabe vers le nord et des populations de type bantou vers le sud et un genre de métissage abouti au centre.

C’est parfaitement le pays le plus géostratégique au premier sens du terme d’Afrique subsaharienne et même du Sahel. Et c’est pour ça qu’on observe régulièrement que le Tchad apparait comme un pays inclassable, parce que du point de vue des conditions physiques du milieu, c’est un pays qui s’apparente davantage aux pays d’Afrique du Nord ou bien aux pays du Sahel.

Le Tchad reste totalement inscrit dans l’espace de l’Afrique centrale. C’est pour ça qu’il appartient aux pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) qui comprend les pays d’Afrique centrale et certains pays du Grand Lac. Mais le Tchad reste très attaché à la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à cause de son marquage géographique profond dans le Sahel. Pour preuve, beaucoup étaient surpris de voir le Tchad jouer le rôle de pays observateur de la CEDEAO lors du sommet extraordinaire consacrée à la crise nigérienne. Cette géographie qui fait du Tchad un pays stratégique en Afrique apporte ou rapporte finalement très peu de bénéfices jusque-là aux Tchadiens.

De l’accession à l’indépendance

Depuis l’accession du Tchad à l’indépendance et même un peu avant, on observe que ce positionnement géostratégique plutôt favorable n’est exploité par le Tchad que dans le domaine sécuritaire. Ce rôle sécuritaire est mis en avant depuis la colonisation. Parce que le Tchad a servi de relais pour permettre à la France de raccorder ses territoires d’Afrique du nord à ceux d’Afrique subsaharienne.

Dans la conscience politique française, le Tchad est resté un pivot dans l’occupation de l’espace africain. L’un des anciens chefs de la diplomatie et ancien ministre de l’Économie de la France, disait que : « le Tchad constitue le territoire à partir duquel la France peut toujours asseoir ou rasseoir son hégémonie sur ses territoires d’Afrique ». Donc c’est à cause de son positionnement. On peut l’observer à travers la présence d’une importante base militaire française sur le sol tchadien.

Aujourd’hui, à part le Djibouti, le Tchad héberge la plus grosse base française en dehors du territoire français. Et c’est sans compter avec les opérations successives développées par le partenaire français dont l’espace tchadien a servi des sites par excellence depuis l’opération Épervier, Serval jusqu’à l’opération Barkhane.

Par son positionnement géographique, le Tchad apparait comme un pays à partir duquel les déploiements militaires peuvent être assez faciles vers l’Afrique du nord, centrale, et vers les autres pays d’Afrique de l’Ouest, ou même vers les pays situés plus à l’Est d’Afrique. Par exemple, avec la crise du Soudan, le Tchad, en tant que pays voisin, a servi de point de relais pour accéder à ce territoire, pourtant il y a cette possibilité d’accéder au Soudan à partir d’Égypte. Mais, le Tchad était privilégié notamment par des acteurs onusiens pour organiser le déploiement vers le Darfour et vers le Soudan.

Un pays convoité par plusieurs partenaires

Il n’y a pas que la France dans ce rôle sécuritaire lié à son positionnement géographique, à la posture géostratégique. Il y a aussi d’autres partenaires, comme les États-Unis d’Amérique par exemple. À ce jour, le Tchad apparait grâce à sa position encore une fois comme le partenaire idéal pour lutter contre le terrorisme au Sahel. Parce que le terrorisme s’est déployé avec Boko Haram dans le bassin du Lac Tchad. Dans cet espace, le pays, n’est pas le mieux coté. Il y a le Nigéria avec sa puissante armée. Le Nigéria qui héberge même le foyer Boko Haram. Mais c’est le positionnement du Tchad qui en a fait plutôt le partenaire clé des États-Unis dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Et dans ce rôle de partenariat pour lutter contre des velléités de type terroriste, le Tchad a déjà été sollicité par les États-Unis, notamment pour lutter contre Mohamed Kadhafi, à l’époque dans cette fameuse guerre Tchad-Libye, qui a défrayé la chronique dans les années 80. Encore une fois à cause de son positionnement. Les États-Unis préféraient exploiter l’espace du territoire tchadien pour accéder à cet adversaire qui se faisait de plus en plus farouche pour finalement réussir à le neutraliser.

Faire du Tchad une plateforme économique à travers le transport aérien

Cette posture géostratégique plutôt profitable au Tchad aurait pu servir à d’autres fins. Et des fins qui auraient pu produire des retombées pour la population. Par exemple, faire du Tchad une plateforme économique forte à travers le transport aérien. Le Tchad constitue le point à partir duquel, il est plus facile d’organiser le transport aérien en Afrique. Que ce soit vers l’Afrique du Nord, Est, Ouest ou Centrale. En principe, le Tchad doit être un concurrent de poids, dans le secteur de transport aérien. Malheureusement, jusqu’à ce jour, ce n’est pas le cas. Il aurait dû exploiter ce positionnement pour servir de relais commercial entre le Proche et Moyen-Orient et les pays d’Afrique de l’Ouest, Centrale et Australe.

Aujourd’hui des produits qui viennent d’Arabie Saoudite, de Dubaï ou du Qatar parfois transitent plutôt par voie maritime pour aller vers le port de Douala ou de Cotonou ou des ports ivoiriens et sénégalais. Pourtant, une exploitation intelligente du transport aérien et des possibilités économique, commerciale, douanière à partir du Tchad pourrait faciliter grandement un transfert de ces produits vers les pays d’Afrique de l’Est et les pays d’Afrique centrale. Le positionnement du Tchad porrait en faire un acteur géostratégique formidable sur le plan économique, ce qui pourrait en ce moment générer beaucoup de retombées pour la population.

Badour Oumar Ali

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