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Tchad : « Inculquer les valeurs républicaines sans hypocrisie parallèle »,Roger Boriata Djasngar, ancien génie militaire de l’Armée nationale tchadienne

Le Tchad est l’un des pays de l’Afrique francophone qui a eu son indépendance en 1960. Etant un scandale géologique situé au cœur de l’Afrique, il est confronté à d’énormes difficultés ne permettant pas aux dirigeants qui se sont succédé de faire asseoir sa stabilité économique. Pour en savoir plus, Roger Boriata Djasngar, ancien génie militaire de l’Armée nationale tchadienne explique les raisons de l’instabilité de ce pays.   

L’Info : Quel regard portez-vous sur l’indépendance au Tchad ?

Roger Boriata Djasngar : Le Tchad est indépendant depuis le 11 aout 1960. En 63 ans d’indépendance des régimes se sont succédé. Le 1er régime est celui de Ngarta Tombaybaye, Tombaybaye. Il a été le Premier ministre en 1958. Les premières élections au Tchad ont eu lieu en 1962 pour un mandat de sept ans. En 1969, il y a eu les deuxièmes élections toujours pour un mandat de sept ans. Presqu’à la fin du deuxième mandat, il y a eu le coup d’Etat du 13 avril 1975. L’armée va prendre le pouvoir.  Ce coup d’Etat militaire a instauré la première transition, l’Assemblée nationale a été dissoute, les institutions de la République suspendues. A l’issue de ce renversement, le CSM (Conseil Supérieur Militaire de transition) est mis en place comme organe exécutif. Et s’en suivra un gouvernement composé de militaires et civils qui va de 1975 à 1979. En 1978, il y a eu des accords de Khartoum entre le CCFAN de Hissein Habré et le gouvernement. En 1979 va s’éclater une guerre civile.  De 1979 à 1980, c’était une période de guerre entre les différentes tendances politico-militaires qui revendiquent le pouvoir.

Après les accords de Kano, un civil sera porté à la tête du gouvernement, en la personne de Lol Mahamat Choua. Il ne durera au pouvoir que six mois. Il y avait eu un nouvel éclatement. Cette guerre était un combat de leadership entre les différents groupes armés. Après ce nouveau chamboulement, un Gouvernement d’union nationale de transition sera mis sur pied appelé le GUNT avec à sa tête Goukouni Weddeye et vice-président le général Kamougué qui ira jusqu’au 07 avril 1982. L’année 1982 marque l’entrée de Habré avec ses alliés. Donc, le GUNT va se disloquer. Il va s’éparpiller partout en Afrique. Hissein Habré gouverne de 1982 à 1990.

En 1990, intervient à nouveau un coup d’Etat issu de la coalition des groupes armés avec à leur tête Idriss Déby Itno. Une autre ère transitoire s’ouvre au Tchad. Les institutions seront à nouveau suspendues jusqu’en 1996 avant qu’on ne mette sur pied le projet de référendum sur la forme de l’Etat. Ainsi, les institutions de la République verront le jour. Il fallait attendre le 21 avril 2021 pour qu’une autre transition soit mise sur pied. Comme la Conférence Nationale Souveraine (CNS), le Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) a eu lieu pour réunir les conditions d’un retour à l’ordre constitutionnel.

Qu’est-ce qui peut expliquer ces changements de régimes ?

Les changements de régimes sont classiques en Afrique. Les enjeux sont multiples. A l’intérieur du pays, il faut dire que le Tchad n’a jamais réussi à être une entité unitaire depuis son indépendance. Tombalbaye en son temps avait essayé, mais cela n’a pas marché. Nous sommes un pays vaste et multi-ethnique. Nous n’avons pas eu la chance d’être sensibilisés et formés sur les valeurs républicaines. Il n’y a pas eu une force quelconque qui pourrait unir tous les Tchadiens. Il nous manque cet esprit de nationalisme et de patriotisme. Mais, chaque régime a essayé à sa manière de chercher cette unité fâcheusement jusqu’aujourd’hui nous n’arrivons pas toujours à parler le même langage.

Nous sommes plus de 200 ethnies. Il faut encourager le vivre ensemble et la cohabitation pacifique. Dès que les différentes communautés trouvent leur intérêt dans la mise en place de quelque chose, on tend vers une patrie. Cet exercice pose vraiment problème. Jusqu’aujourd’hui, nous n’arrêtons pas de nous contredire par des prises de position armée. L’évolution remarquable, c’est qu’il existe la libre expression, les partis politiques exercent leurs activités. Cela contribue à l’éveil des citoyens. Il nous manque également la citoyenneté. Il faut que chaque tchadien ait l’esprit de citoyenneté pour faire avancer le pays. La culture de patriotisme, la notion de l’Etat, toutes ces choses doivent être inculquées.

Parmi les différentes transitions, laquelle vous a le plus marqué ?    

Pendant les éclatements, des gouvernements ont été mis en place. Prenons la phase de Lol Mahamat Choua, qui est un civil porté à la tête du pays, n’a pas eu le temps d’asseoir des institutions fortes sur le plan culturel, social, etc. Le GUNT avait une préoccupation de rassembler les Tchadiens et instaurer la paix par un compromis. Il était question de sauver l’intégrité territoriale. C’est ainsi que le Gouvernement d’union nationale de transition a été formé. Au temps de Hissein Habré, ça été très difficile de part les actions. Cependant, il y a eu une rigueur dans la formation de l’administration. Il faut reconnaitre malgré la page sombre sous Habré, il y avait une volonté de réformer l’administration tchadienne, de mettre en place l’intérêt de l’Etat.

En tant que cadre du pays, quel appel lancez-vous pour la refondation effective du pays ?

Quand on dit refondation, c’est-à-dire qu’il y a une fondation faite quelque part et on refait. Mais au Tchad, on ne peut pas parler d’une refondation. Il faut parler plutôt d’une fondation parce qu’on n’a pas eu le temps d’asseoir la fondation.  Le Tchad reste un pays à fonder. Il faut que les esprits actuels se tournent vers cette volonté de partager l’espace commun appelé le Tchad, de s’accepter de tous en tant qu’être humain. Aussi, de s’accepter que nous avons un avenir commun, un intérêt commun et cela va constituer ce qu’on appelle la Patrie.

Il faut commencer à former la jeunesse et lui inculquer les valeurs républicaines sans hypocrisie parallèle. C’est à ce prix que les grandes nations se sont formées. Pourquoi ne copions-nous pas ce qui peut grandir ? Nous avons également nos réalités. Nous devons-nous poser des questions telles que : d’où venons-nous ?  Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?

Sinon les autres continueront à nous manipuler. Et tout ça c’est l’ignorance.  Pour que le Tchad sorte de l’ornière, il faut instaurer une justice équitable pour que les richesses du pays servent à tous et que chaque tchadien se sente chez lui.  La plupart de nos partis politiques manquent des projets de société.

Interview réalisée par Banbé Mbayam Christian et Blaise Djimadoum Ngarngoun

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